International

Le Brexit aura-t-il lieu le 29 mars comme prévu ? Un report de la sortie du Royaume-Uni de l'UE apparaît de plus en plus inéluctable, estiment des analystes, malgré l'insistance de la Première ministre britannique Theresa May à respecter l'échéance.

"A ce stade, il semble presque inévitable que le Brexit devra être retardé d'une façon ou d'une autre, au moins pour quelques semaines", dit à l'AFP Constantine Fraser, spécialiste en politique européenne au cabinet d'études TS Lombard.

Theresa May, elle, n'en démord pas : le dirigeante conservatrice répète à l'envi sa détermination à mettre en oeuvre le Brexit dans les temps, écartant fermement la possibilité d'un ajournement, comme l'ont suggéré des voix dissonantes au sein de son gouvernement, notamment celles des ministres des Affaires étrangères, Jeremy Hunt, et des Finances, Philip Hammond.

Un délai pourrait être nécessaire, selon eux, afin de permettre l'adoption de la législation nécessaire à l'exécution du Brexit. Le quotidien europhobe Daily Telegraph affirme même que des ministres ont discuté de la possibilité de le reporter de huit semaines, jusqu'au 24 mai.

Trop tard

En attendant, l'heure tourne et le Royaume-Uni est en plein flou sur la manière dont il quittera le giron européen, surtout depuis que l'accord de divorce négocié entre Londres et Bruxelles a été très largement recalé par les députés britanniques, mi-janvier.

Theresa May tente depuis de rouvrir les négociations avec l'UE, en particulier sur une disposition concernant la frontière irlandaise, afin de parvenir à un compromis susceptible de séduire le Parlement.

Malgré le refus catégorique de Bruxelles de remettre le texte sur le métier, la dirigeante s'est engagée à faire voter un accord remanié "dès que possible". Faute d'accord d'ici au 13 février, les députés voteront le 14 sur la suite à donner au Brexit.

Dans tous les cas de figure, ce sera trop tard, insiste Constantine Fraser : "la législation nationale ne serait pas en place pour permettre de gérer (le Brexit), même de façon minimale".

Sept lois doivent encore être votées, dont les textes portant sur le commerce, l'agriculture et l'immigration, et les débats n'ont pas commencé pour certaines, selon le centre de réflexion Institute for Government. Pour accélérer le tempo, Downing Street a supprimé les vacances parlementaires de février, et pourrait aussi allonger les séances de débats.

"Même si c'est fait à un rythme accéléré, cela nécessitera toujours plus de temps que ce qui est disponible", tranche Nick Wright, spécialiste en politique européenne à l'University College de Londres, interrogé par l'AFP.

"Supplice"

Pour Theresa May, le Brexit se fera coûte que coûte le 29 mars, même s'il faut pour cela rompre brutalement les 46 ans de liens tissés entre Londres et Bruxelles.

Mais cette menace d'un "no deal", scénario potentiellement catastrophique pour l'économie britannique, relève d'une stratégie politique pour rallier les députés derrière son accord, analyse M. Fraser.

"Elle joue la montre" à moins de deux mois du Brexit, explique-t-il, voulant mettre les députés au pied du mur, tant les europhiles craignant une sortie sans garde-fou que les Brexiters redoutant un Brexit adouci, voire pas de Brexit.

Nick Wright y voit également de l'"entêtement" : "elle est si obstinée et concentrée sur ce qu'elle fait qu'elle refuse en fait d'accepter que cela puisse ne pas être possible".

Pour les analystes, il serait "inconcevable" que les 27 autres pays de l'UE, dont l'aval est nécessaire à un report, puissent s'y opposer : eux aussi laisseraient des plumes dans un "no deal". Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a d'ailleurs assuré mercredi qu'il ferait tout pour éviter ce scénario.


Mais si ajournement il y a, reste à savoir pour combien de temps, car le calendrier pose problème. Beaucoup à Bruxelles estiment difficile de reporter le Brexit au-delà du début du mois de juillet, quand commencera à siéger le nouveau Parlement européen après des élections fin mai, et normalement sans députés britanniques.

Aller au-delà risquerait de "prolonger le supplice si le Royaume-Uni n'arrive pas à se décider", prévient Constantine Fraser.