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La petite Slovénie, qui sera le 1er janvier le premier des nouveaux pays membres à présider l'Union européenne, veut faire des Balkans et de la ratification du traité de Lisbonne les priorités d'une présidence qu'elle aborde avec modestie mais sans timidité.

Nain économique et démographique avec ses deux millions d'habitants, le pays, qui n'a adhéré qu'en 2004, sait que sa marge de manoeuvre sera limitée: Ljubljana hérite d'un calendrier préétabli et sera suivi au second semestre par un poids-lourd de l'UE, la France, avec qui il collabore étroitement.

Mais la Slovénie entend jouer pleinement de son statut d'ancienne république yougoslave pour servir de pont entre l'UE et les Balkans à un moment où une rapide proclamation de l'indépendance du Kosovo par la majorité albanaise de la population semble inéluctable. "L'un de nos principaux défis sera de parvenir à une position unifiée de l'UE dans ce dossier", précise le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, Janez Lenarcic, à l'AFP.

Sans prononcer le mot tabou d'indépendance, le ministre des Affaires étrangères, Dimitrij Rupel, a confié à Bruxelles souhaiter que ce processus soit "conclu d'ici la fin de la présidence slovène", le 30 juin 2008.

Les Etats-Unis et une vingtaine d'Etats de l'UE sont prêts à reconnaître une indépendance de cette province de Serbie dont la population est majoritairement albanaise, mais un consensus manque Chypre, la Slovaquie, la Grèce et la Roumanie y étant très réticents.

Plus largement, Ljubljana souhaite "accélérer le processus d'adhésion" à l'UE de toutes les anciennes républiques yougoslaves: "nous ne demandons pas un rabotage des critères d'adhésion, mais nous souhaitons que l'Europe soit plus volontariste dans l'assistance à ces pays et ne se contente pas d'attendre passivement", souligne M. Lenarcic. "Nous connaissons très bien ces pays car il n'y a pas si longtemps nous faisions partie du même environnement économique et politique. Cela ne sert ni les intérêts de l'UE, ni leurs intérêts qu'ils restent en dehors de l'UE", estime-t-il.

La Croatie a ouvert près de la moitié des 35 chapitres thématiques qui jalonnent ses négociations d'adhésion à l'UE mais la Serbie n'a à ce jour que "paraphé" son Accord de stabilisation et association (ASA).

Ljubljana souhaite par ailleurs jouer un rôle moteur dans le processus de ratification du traité de Lisbonne sur les institutions européennes, en étant un des premiers, après la Hongrie, à le ratifier début 2008.

Pour M. Lenarcic, "la présidence de l'UE représente un énorme défi que nous saurons relever". "C'est aussi une consécration pour un pays qui n'était pas encore indépendant il y a 17 ans et qui, depuis, a réussi sa démocratisation et son intégration a l'UE" et à l'OTAN, ajoute-t-il.

Ljubljana devrait toutefois jouer un rôle essentiellement protocolaire concernant la stratégie de développement de la compétitivité de l'UE et sa politique environnementale et énergétique, les deux dossiers stratégiques à l'ordre du jour du sommet des 27 chefs d'Etat et de gouvernement en mars prochain. "Un petit pays n'a pas le pouvoir d'imposer ses vues, mais peut être plus efficace dans la recherche et l'obtention d'un consensus", a confié le ministre des Finances, Andrej Bajuk, en soulignant que la Slovénie saurait s'armer "d'humour et de beaucoup de patience".

Pour l'analyste Borut Grgic, directeur de l'Institut d'études stratégiques à Ljubljana, "la présidence slovène sera essentiellement pilotée depuis Bruxelles".

Mais, la Slovénie "a démontré des capacités de gestionnaire avec sa présidence de l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE, en 2005) et, n'ayant plus rien à prouver au plan européen, elle a perdu ses complexes à s'engager pleinement pour les Balkans et à assumer son rôle de pont entre l'Europe et cette région".