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CORRESPONDANT À ROME

Ils s'étaient entraînés comme de vrais champions, dans le secret et avec l'aide d'une équipe de psychologues et de gourous de la communication.

Romano Prodi et Silvio Berlusconi, les rivaux des élections législatives des 9 et 10 avril, ont tenté le tout pour le tout en un dernier duel télévisé lundi soir dans l'espoir de séduire les indécis et les abstentionnistes, véritable enjeu de la dernière ligne droite de la campagne électorale.

En quête d'une revanche

Attaqué sur sa politique fiscale, Prodi a voulu rassurer les Italiens face à Berlusconi qui a beaucoup promis mais a perdu son sang-froid plusieurs fois.

Dominé dans l'ensemble par un Romano Prodi efficace dans ses répliques et clair dans son argumentation, le débat a été marqué dans les dernières secondes par un coup de théâtre de Silvio Berlusconi, qui a promis aux Italiens de supprimer la taxe foncière communale sur les nouvelles constructions.

«Oui, vous avez bien entendu, nous allons l'abolir», a-t-il répété avec son sourire et sa verve habituelle, en concluant sa dernière intervention. La promesse pourrait faire mouche, car selon les estimations, entre 70 et 80 pc des Italiens sont propriétaires de leur habitation.

Mais elle devrait donner lieu à de nombreux commentaires et polémiques de fin de campagne, car cette taxe, fixée par les maires, est considérée comme indispensable pour le financement des services publics locaux.

«J'aimerais seulement entendre l'avis de certains maires de la coalition de centre-droit sur cette dernière phrase», a commenté Prodi immédiatement après la fin du débat.

L'ultime tentative de séduction de Silvio Berlusconi lui a permis de conclure la soirée avec aisance, car durant ce débat de 90 minutes, le chef du gouvernement a aussi craqué à deux reprises et n'a pu s'empêcher d'interrompre son adversaire sur son temps de parole, obligeant le modérateur à le reprendre fermement.

«Bastion de la liberté»

Dans l'affrontement précédent, il y a deux semaines, Romano Prodi avait aisément devancé son adversaire. Mais aucun grand thème de société n'avait été abordé. Le nouveau match avait été précédé d'une exacerbation des tensions à moins d'une semaine du scrutin. Berlusconi, qui déclarait vouloir «boire le calice jusqu'à la lie», continuait à se présenter comme le dernier bastion de la liberté dans un pays menacé par le communisme, ce «chiendent difficile à extirper».

La rengaine cependant risquait de fatiguer les électeurs et l'agitation constante des hantises des classes moyennes pouvait provoquer un «effet boomerang».

De l'autre côté du ring, l'expression de bon père de famille disponible à tous les dialogues affichée par Romano Prodi avait perdu de son éclat. Le candidat du centre gauche s'était pris les pieds dans le tapis lorsqu'il avait promis une baisse de la pression fiscale aux contours imprécis. «Une erreur de communication», avait-il reconnu. Il n'empêche, le virulent Silvio Berlusconi l'avait accusé de vouloir «faire les poches» aux petits épargnants. «La gauche ne veut pas produire de la richesse mais bien la redistribuer aux dépens des classes productrices alors que les communistes, envieux, font des affaires dans l'ombre», pontifiait-il.

On notait de toutes parts que la campagne berlusconienne, privée de toute proposition concrète, se limitait à diaboliser le rival et à l'attaquer sans répit, lui faisant un procès d'intention. (avec AFP)

© La Libre Belgique 2006