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«Ça m'emmerde! » Le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker n'a pas caché, jeudi, son irritation devant les querelles institutionnelles byzantines qui accompagnent la visite de George Bush au siège de l'Union européenne à Bruxelles.

« Si le ridicule tuait, Bruxelles serait jonchée de cadavres », a déclaré Juncker dont le pays détient la présidence de l'Union, lors d'une conférence de presse organisée à l'issue d'une réunion des ministres des Finances des Vingt-cinq à Bruxelles. Le président américain, qui effectue de dimanche à mercredi une visite officielle en Belgique, se rendra à l'Otan et rencontrera aussi ce qu'il est convenu d'appeler « l'Union européenne ».

Mais, à l'instar de l'ancien secrétaire d'Etat Henry Kissinger, qui demandait: «L'Europe, quel numéro de téléphone?» pour mieux stigmatiser la multiplicité des intervenants européens, le Président Bush pourrait se demander mardi prochain: « l'Union européenne, quelle adresse? » Pour ne froisser aucune susceptibilité, il rencontrera d'abord les chefs d'Etat et de gouvernement des Vingt-cinq dans le bâtiment du Conseil des ministres, au Juste Lipse, dans le courant de l'après-midi.

«J'écrirai mes mémoires»

Et, après avoir donné une conférence de presse commune avec Juncker, le président de la Commission européenne, José Manuel Durao Barroso et le porte-parole de la diplomatie européenne Javier Solana, il traversera la rue de la Loi à 19h30 - même si pour l'heure, les modalités de ce «transfert» d'un bâtiment à l'autre ne sont pas encore arrêtées - pour une rencontre avec la Commission européenne. Ensuite, il dînera avec Barroso, Juncker et Solana, la «troïka» européenne, pendant environ 90 minutes.

Ces pérégrinations accompagnées d'un luxe de précautions - tous les fonctionnaires européens non réquisitionnés ont été priés de rester chez eux le 22 avril et les habitants du quartier européen ne pourront pas y circuler - ont nécessité de longues négociations, que n'a guère apprécié Jean-Claude Juncker.

«

Un jour, j'écrirai sur ce point mes mémoires », a-t-il expliqué en déplorant « les difficultés qu'on peut avoir pour trouver le bon endroit pour organiser une conférence de presse ou pour se saisir d'un couteau ou d'une fourchette sans qu'une institution ne voie sa susceptibilité vexée ». Certains arguments l'ont même laissé sans voix. «On m'a dit que les grands-mères de l'Ohio coupent immédiatement la télévision si elles s'aperçoivent qu'on est au Conseil au lieu d'être à la Commission », a encore ironisé le Premier ministre luxembourgeois dans l'hilarité générale...

© La Libre Belgique 2005