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Un réfugié afghan, un journaliste, un retraité, un touriste, un animateur culturel : ce sont les cinq victimes à ce jour de l’attentat terroriste de Strasbourg qui a fait cinq morts et onze blessés le 11 décembre dans la soirée. La diversité des victimes est l’une des caractéristiques du terrorisme, qui frappe au hasard.

Pascal Verdenne, 61 ans, est mort alors qu’il sortait d’un restaurant où se trouvait encore sa femme et son fils. Il était retraité du Crédit Agricole et du Crédit Mutuel et vivait dans un écoquartier de Strasbourg. Ironie du sort, la victime avait assisté mardi en fin d’après-midi à la librairie Kléber à une causerie des journalistes du Monde, Gérard Davet et Fabrice Lhomme, sur leur dernier livre : « InchAllah, l’islamisation à visage découvert ». Son épouse a retrouvé le livre. « Il l’avait acheté parce que ça lui tenait à cœur de les soutenir », a raconté son épouse aux Dernières Nouvelles d’Alsace.

Kamal Nagchband, 45 ans, a lui été visé à bout portant par le tueur alors qu’il portait l’un de ses trois enfants âgés de 3, 6 et 8 ans. Il s’était rendu avec sa famille au marché de Noël. Le tueur l’a apostrophé : « Hé Monsieur ! » puis a tiré. Kamal Nagchband était un réfugié afghan. Il avait quitté son pays il y a une vingtaine d’années pour refaire sa vie. Originaire de la ville de Mazar-I-Sharif, dans le nord de l’Afghanistan, il avait fui un pays alors livré aux talibans et aux seigneurs de la guerre. A Strasbourg, il travaillait comme garagiste, juste à côté d’une mosquée qu’il fréquentait régulièrement. L’homme a été enterré vendredi selon les règles de l’islam, en présence de près de 2 000 personnes.

Anupong Suebsamarn, 45 ans, était arrivé la veille à Strasbourg avec sa femme pour faire du tourisme. Selon la presse thaïlandaise, le couple avait décidé de venir dans la capitale alsacienne car il voulait éviter les débordements des manifestations des « gilets jaunes » à Paris. La victime serait propriétaire d’une fabrique de nouilles et était aussi spécialisé dans le commerce de vêtements. Son épouse a été prise en charge par l’ambassade de Thaïlande.

Antonio Megalizzi, 28 ans, était venu à Strasbourg pour couvrir la session du Parlement européen. Vivant à Trente, ce journaliste travaillait pour un réseau de radios universitaires, Europhonica. Il a été touché par une balle dans la tête près de la rue du Savon, non loin du bar Les Savons d’Hélène. Il était en coma artificiel. Il est décédé vendredi dernier. « Cette nouvelle m’attriste beaucoup. Antonio avait la passion de l’Europe. Mes pensées et mon affection vont à sa fiancée et à sa famille. C’était un garçon qui semblait plein de vie », a réagi le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte.

Bart Pedro Orent-Niedzielski, 35 ans, se trouvait avec le journaliste italien au moment du drame. Il est décédé dimanche après cinq jours de coma profond. Surnommé « Bartek » ou « Bartok », cet animateur culturel était bien connu à Strasbourg. Il était notamment l’un des fondateurs du festival européen de bandes dessinées Strasbulles. Il hébergeait le journaliste italien et rêvait, selon les Dernières Nouvelles d’Alsace, d’ouvrir une « auberge linguistique » dans la capitale alsacienne, un carrefour des langues et des cultures.

Au total, l’attentat de Chérif Chekatt a fait cinq morts et onze blessés. Parmi ces derniers, figurent un musicien vosgien de 28 ans qui fumait une cigarette devant le bar « Les Savons d’Hélène » où il allait donner un concert, une étudiante de 20 ans de Metz, venue en ville pour y rencontrer son ami, et une jeune femme de 18 ans, fille d’un couple de fromagers de la ville. Leur pronostic vital n’est plus engagé.

Dimanche matin, près de 1500 personnes se sont réunis eu centre ville pour honorer la mémoire des victimes. « Imagine » de John Lennon et « Quand on n’a que l’amour » de Jacques Brel, ont notamment été chantés par un public qui a entonné collectivement « Die Gedanken sind frei », une chanson allemande datant probablement du Moyen-Age qui symbolise la liberté de pensée.

Des paroles de l’écrivain franco-algérien Yahia Belaskri, de la poétesse Andrée Chedid ou du chanteur Jacques Higelin ont également été dites. Sur l’une des quelques pancartes brandies dans la foule, notent les Dernières Nouvelles d’Alsace, on pouvait lire cette inscription : « Strasbourg plus forte que la haine ».