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Le ministre congolais des Affaires étrangères, Léonard She Okitundu, a dénoncé la déclaration faite par son homologue belge, Didier Reynders, qui a affirmé que la nomination d'un nouveau Premier ministre, Bruno Tshibala, "s'écarte de la lettre et de l'esprit de l'accord de la Saint-Sylvestre", qui prévoyait la nomination d'un chef de gouvernement proposé par le Rassemblement de l'opposition.

"Le ministre des Affaires étrangères regrette qu'en dépit du modus vivendi arrêté de concert avec son homologue congolais sur l'utilisation des canaux diplomatiques comme moyen idoine d'échanges entre les deux gouvernements, le vice-Premier ministre belge ait publié un communiqué non conforme aux termes de l'Accord politique du 31 décembre 2016 (sur le partage du pouvoir jusqu'aux prochaines élections) et désobligeant à l'endroit des autorités congolaises relativement à la récente nomination du Premier ministre congolais", a affirmé M. She Okitundu, dans un communiqué reçu mardi par l'agence Belga.

M. Reynders avait indiqué samedi avoir "pris acte" de la désignation de Bruno Tshibala comme Premier ministre de la République démocratique du Congo (RDC), tout en soulignant que cette désignation "s'écarte de la lettre et de l'esprit de l'accord de la Saint-Sylvestre" qui prévoyait la nomination d'un Premier ministre proposé par le Rassemblement des forces acquises au changement (alias Rassop, une vaste plate-forme de partis d'opposition créée par le défunt Etienne Tshisekedi wa Mulumba, l'opposant historique en RDC, décédé le 1er février dernier à Bruxelles.

Arrestations par dizaines

Plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées en République démocratique du Congo lundi, jour de manifestations interdites contre le président Joseph Kabila, ont indiqué mardi des sources policières. "La police a appréhendé et gardé à vue 34 personnes à Kinshasa: les unes tentaient de braver l'interdiction de la marche, les autres voulaient se livrer à des actes de vandalisme", a déclaré à l'AFP le colonel Pierre-Rombaut Mwanamputu, porte-parole national de la police congolaise. "Leur sort sera connu dans la journée", a ajouté l'officier.

Le colonel Mwanamputu a ajouté ne pas avoir d'informations sur d'autres arrestations ailleurs dans le pays.

Mais à Lubumbashi, deuxième ville de la RDC (Sud-Est), Hubert Tshisuaka, directeur de l'ONG locale Institut de recherche pour les droits de l'homme (IRDH), a déclaré à l'AFP être sans nouvelles de six personnes sur un groupe de 24 interpellées, selon lui, la veille par la police.

Toutes les autres "ont été libérées" sauf un "activiste de la société civile", Jean-Pierre Muteba, qui "vient d'être transféré au parquet", a ajouté M. Tshisuaka, sans préciser les charges retenues contre lui. Interrogé, le chef de la police provinciale n'a pas souhaité répondre aux questions de l'AFP.

A Goma (Est), six jeunes qui tentaient d'ériger des barricades dans une rue ont été "brièvement interpellés puis relâchés" lundi, selon une source policière locale.

L'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), parti de l'opposant historique Étienne Tshisekedi décédé en février, avait appelé les Congolais à manifester lundi dans tout le pays. Il voulait obliger M. Kabila, au pouvoir depuis 2001, à appliquer un accord politique signé le 31 décembre dernier pour permettre une sortie de la crise liée au maintien au pouvoir du chef de l'État au-delà de la fin de son mandat le 20 décembre.

M Kabila a 45 ans et la Constitution lui interdit de se représenter.

M. Kabila a nommé vendredi un dissident de l'UDPS, Bruno Tshibala, au poste de Premier ministre. L'UDPS et la coalition d'opposition du Rassemblement ont dénoncé cette décision, l'estimant contraire à la lettre et à l'esprit de l'accord de la Saint-Sylvestre, qui prévoit une cogestion du pays jusqu'à la prise de fonctions d'un nouveau président devant être élu avant la fin de l'année.

Dévastée par deux guerres entre 1996 et 2003, la RDC n'a connu aucune transition démocratique du pouvoir depuis son indépendance de la Belgique en 1960.