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Citoyens de l'Union, les Quinze cherchent à vous reconquérir! Les ministres des Affaires étrangères ont, sous la présidence de Louis Michel, débattu lundi à Bruxelles - pour autant qu'on puisse qualifier de débat un simple tour de table - du «malaise qui existerait entre l'Union et l'opinion publique», alors que les Européens manifestent toujours davantage leur désarroi, dans les rues ou via les urnes.

«Je crois que, dans leur grande majorité, les citoyens continuent à adhérer massivement et d'instinct aux grands objectifs de la construction européenne», commence le ministre belge. Mais «l'Europe est perçue comme lointaine, voire hostile, ses structures paraissent anonymes et même parfois distantes. (...) Le fonctionnement des institutions devient de plus en plus complexe» et, «dès lors, leur légitimité est remise en question».

«MARQUER DES GOALS»

«Sommes-nous pour autant en crise d'identité?» , interroge le Néerlandais Jozias Van Aartsen. «Il est vrai que nous avons un problème de communication, mais la situation n'est pas dramatique.» Son homologue portugais, Jaime Gama, va dans le même sens: «Nous ne devons pas aborder ce débat avec le sentiment de mauvaise conscience», «nous ne sommes quand même pas le comité central du parti communiste chinois au moment de décréter la révolution!» Aussi, «plutôt que de marquer des goals contre notre camp», faut-il «se poser en professionnels de la réussite». Car, estime à son tour le ministre espagnol Josep Piqué, «c'est nous qui sommes responsables du fait que l'objectif de l'Union n'est pas bien perçu et que ses réalisations ne sont pas bien appréciées. Nous présentons trop souvent l'Europe comme un bouc émissaire».

Et pourtant, l'Union a, à son actif, d'appréciables réalisations, dont «les citoyens ne sont pas conscients», note l'Irlandais Brian Cowen, «ils prennent les avantages pour acquis et se concentrent sur ce dont ils sont le moins satisfaits.» Une attitude que l'Italien Renato Ruggiero attribue au «changement de génération»: les jeunes n'ont pas connu la guerre ni les difficultés aux frontières. «Il faut sans cesse marteler quels sont les bénéfices apportés par l'Union», à commencer par «la paix», ajoute le Britannique Jack Straw. «Bien sûr, on pense souvent que c'est acquis, mais il suffit de jeter un coup d'oeil de l'autre côté de l'Adriatique» pour se rendre compte du contraire... Aux «raisons du passé», «on doit ajouter des raisons actuelles», estime encore M. Ruggiero. Et, selon M. Cowen, rallumer l'étincelle sans se lancer «dans des discours trop visionnaires qui n'ajouteront qu'à la confusion». «Les citoyens européens veulent tout sauf un débat compliqué», estime le secrétaire d'Etat allemand, Christoph Zöpel. «Il faut faire attention de ne pas rester à l'écart des préoccupations de la société», juge le Français Pierre Moscovici. «Notre réponse doit se traduire par des réalisations concrètes dans des domaines personnalisables tels que l'environnement, la santé, la justice, la défense, l'asile et l'immigration», explique M. Michel.

Dans le même temps, poursuit-il, «il est temps, de rappeler le sens, de définir le «pourquoi» et d'expliquer les enjeux de l'Europe élargie», et «d'oser le débat contradictoire», qui «permettra au citoyen de prendre parti». Il faut aussi se lancer dans «un effort de pédagogie, faire comprendre les réalisations de l'Union», selon M. Piqué. «Ce travail d'information doit être complété par un travail de formation sur l'Europe. On ne peut se sentir lié à quelque chose que si on le connaît.»

Reste à voir comment ces déclarations de bonnes intentions, égrenées deux heures durant sans réelle originalité, se traduiront dans la bouche et les actes des Quinze. Car, comme le dit Jozias Van Aartsen, pas franchement conquis par les vertus de ce débat, «les résultats, c'est ça qui compte!»

© La Libre Belgique 2001