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Un premier pas dans la bonne direction pour les uns. Une proposition insuffisante, voire de l’enfumage, pour les autres. L’accueil réservé par les eurodéputés au projet de réforme de la politique d’asile européenne présenté la semaine dernière par la Commission, s’avère plutôt mitigé. Les débats de ce mercredi ont en effet une nouvelle fois mis en évidence les divisions profondes qui existent entre les familles politiques sur ce dossier, mais surtout entre les pays de l’Est et de l’Ouest de l’Europe.

Devant des travées fort peu garnies, le premier vice-président de l’exécutif Frans Timmermans, et le commissaire, en charge de l’Asile et de l’Immigration, Dimitris Avramopoulos, ont défendu les lignes de force de cette nouvelle stratégie. Si le principe de la responsabilité du pays de première entrée dans la gestion des demandes d’asile demeure, celui-ci sera assorti d’un mécanisme de correction automatique, ont-ils insisté. Un système qui permettra de répartir les réfugiés de manière plus équitable entre Etats membres en cas d’afflux massif, quitte à ce que les pays qui refusent d’en accueillir doivent s’acquitter d’une contribution financière de 250 000€ en compensation des efforts fournis par leurs voisins.

Une proposition qui n’est certes pas parfaite, ont reconnu les deux envoyés de la Commission, mais qui est "équilibrée et réaliste" et, surtout, qui permet de rétablir une forme de solidarité entre les Vingt-huit. "L’important, c’est qu’elle s’exprime", résumera Dimitris Avramopoulos.

La solidarité ne s’achète pas

Un plaidoyer qui, à entendre l’eurodéputée maltaise Roberta Metsola, semble bénéficier d’un accueil plutôt bienveillant au sein du Parti populaire européen. Ce projet, juge-t-elle, contient "un certain nombre de très bons éléments, il s’agit d’un véritable progrès". Pour autant, le principe de la pénalité financière qui permettrait à certains pays de "s’acheter en quelque sorte une bonne conduite est une provocation", car elle signifie que certaines capitales pourraient s’exonérer de leurs responsabilités par un simple virement bancaire. Il faut donc aller plus loin car "la solidarité doit être au cœur de l’adhésion à l’Union européenne, ça n’est pas un concept que l’on peut acheter".

Des "sacs de patates"

Du côté des libéraux, la Suédoise Cécilia Wikström voit aussi dans les propositions récentes du Berlaymont "une approche plus déterminée et plus viable", même s’il faut la "renforcer notablement". Elle se montre toutefois moins enthousiaste sur le traitement qui serait réservé aux transferts des migrants mineurs non accompagnés que l’on ne peut pas "envoyer aux quatre coins de l’Europe comme une balle de ping-pong".

Dans les rangs de la gauche et des écologistes, on se montre plus mordant. Ces propositions, estime la socialiste Elly Schlein, ne vont pas du tout assez loin et maintiennent de "manière artificielle" le système en place qui a échoué, laissant la Grèce et l’Italie, en tant que pays de première entrée, assumer seules une charge insoutenable. Les pistes proposées par la Commission ne tiennent en outre pas compte des aspirations de demandeurs d’asile eux-mêmes, dénonce-t-elle.

Sa collègue de la gauche radicale, Cornelia Ernst, va encore plus loin, estimant que le mécanisme de correction proposé repose sur "une formule mathématique magique", comme si les candidats réfugiés étaient "des objets ou des sacs de pommes de terre".

Membre du Mouvement 5 étoiles, Laura Ferrara considère quant à elle que les pays qui refusent d’assumer leur devoir d’asile devraient tout simplement voir leur droit de vote suspendu.

A l’extrême droite de l’hémicycle, la Hongroise Krisztina Morvai déplore pour sa part que l’on continue à "offenser" son pays qui a fait son job de garde-frontières et estime les propositions de la Commission illégales. De son côté, le Polonais Marek Jurek, proche du Parti Droit et Justice, réclame rien de moins que la tête des responsables de la Commission et de Jean-Claude Juncker, coupables d’avoir tenu un discours d’ouverture vis-à-vis des demandeurs d’asile qui " est la cause de cette crise" . L’entente cordiale n’est pas pour demain.Gilles Toussaint


3 questions à Barbara Matera

Eurodéputée italienne du Parti populaire européen (PPE, centre-droit et droite) et membre de la Commission des libertés civiles.

Que pensez-vous de la proposition de réforme du système d’asile faite par la Commission le 4 mai dernier ? Apporte-t-elle une réponse aux difficultés rencontrées par l’Italie en tant que pays d’arrivée ?

Cette proposition de la Commission représente un pas en avant mais ne résoudra pas tous les problèmes. Pas plus pour l’Europe que pour les pays d’arrivée tels que la Grèce ou l’Italie. L’Europe doit aller plus loin si elle veut soutenir les pays les plus touchés par le fardeau migratoire. Elle doit renforcer ses frontières extérieures en respectant les obligations liées à la Convention de Genève et aux autres textes internationaux mais aussi en ayant conscience qu’il lui est impossible d’accueillir toutes ces personnes. Nous sommes toujours en crise économique et notre premier devoir est d’aider nos propres citoyens.

Quelle répercussion aura, selon vous, la fermeture de la route des Balkans sur l’afflux de demandeurs d’asile et de migrants le long des côtes italiennes ?

Elle aura un impact, comme nous le confirment les fonctionnaires qui suivent la situation. Les migrants choisiront de venir non pas en Grèce via la Turquie mais en Italie à partir de l’Afrique du Nord. Cette route de la Méditerranée est déjà très empruntée, notamment par les gens qui viennent d’Afrique sub-saharienne, elle le sera encore plus puisque nous voyons aujourd’hui des bateaux partir d’Egypte, pays encore plus éloigné de Lampedusa que ne l’est la Libye. La traversée est très dangereuse et l’Italie ne veut pas voir se répéter les tragédies de l’été dernier… Par ailleurs, l’instabilité politique en Egypte, Libye et Tunisie représentent un autre danger pour ces migrants qui sont menacés avant même de prendre la mer.

En Hongrie, Peter Szijjarto, ministre des Affaires étrangères du gouvernement Orban, a parlé de "chantage" à propos de la proposition de la Commission et qualifié d’"impasse" le concept des quotas de répartition des réfugiés entre Etats membres. Comment réagissez-vous à ces propos ?

M. Szijjarto appartient à notre famille politique - le PPE - et nous le soutenons lui et son gouvernement, mais c’est ensemble que nous devrons trouver une solution européenne commune pour partager le fardeau de cette crise migratoire. Soit un Etat membre prend en charge un certain nombre de réfugiés, soit il ne le fait pas mais alors il aide financièrement les Etats membres qui le font.