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La Corée du Nord fait planer le doute sur l’avenir de l’option diplomatique pour mettre fin à la crise sur ses ambitions nucléaires en opposant jeudi une fin de non-recevoir aux appels à négocier de la seconde administration du président George W. Bush, ont déclaré des analystes.

Les spécialistes cherchaient à comprendre ce que Pyongyang voulait exactement en suspendant sine die sa participation aux pourparlers multilatéraux sur ses ambitions nucléaires, proclamant avoir l’arme atomique et promettant un renforcement de son arsenal.

Mais il était clair que la déclaration du ministère des affaires étrangères représentait un grave revers pour les diplomates et le processus de négociation déjà en panne.

«C’est tout à fait alarmant. Nous avons entendu une rhétorique plutôt aiguë de la Corée du Nord récemment, mais nous avions remis cela dans le contexte de la propagande nord-coréenne », dit Peter Beck, chercheur basé à Séoul pour l’International Crisis Group, un organisme de recherches et analyses.

«Mais la déclaration d’aujourd’hui nous situe à un tout autre niveau », dit-il.

Le communiqué du ministère nord-coréen des affaires étrangères affirme que la Corée du Nord a fabriqué l’arme atomique pour se défendre des menaces de l’administration Bush et n’avait pas l’intention de revenir à la table des négociations à six en raison de l’intention prêtée à Washington de se débarrasser du régime.

Des analystes estiment que ces déclarations se retourneront contre Pyongyang qui a la réputation de pratiquer la politique du pire depuis le début de la crise en octobre 2002, sans succès jusqu’à présent.

«C’est une décision absurde. Elle ne va que renforcer les opinions de l’administration Bush », dit M. Beck.

Le communiqué constitue la première réponse à la politique générale de la seconde administration Bush définie la semaine dernière dans le discours sur l’état de l’Union, où le président disait vouloir coopérer avec ses partenaires internationaux à une solution négociée.

Il répond aussi à la nouvelle secrétaire d’Etat Condoleezza Rice qui avait qualifié la Corée du Nord il y a deux semaines d’«avant-poste de la tyrannie ».

La déclaration survient en tout cas au moment où les efforts se poursuivent pour parvenir à une nouvelle session de pourparlers. Le ministre sud-coréen des affaires étrangères Ban Ki-Moon s’est rendu jeudi à Washington pour y rencontrer Mme Rice et d’autres responsables.

«Le timing est très important. Ban et Rice devaient discuter d’une poursuite de la politique de pression sur la Corée du Nord. Maintenant, ils vont devoir réfléchir à autre chose : que faire de cette déclaration. La Corée du Nord a replacé la balle dans le camp américain », estime Paik Hak-Soon, chercheur à l’Institut Sejong de Séoul.

D’autres analystes pensent que Pyongyang fait monter les enchères pour obtenir davantage de concessions lors d’une prochaine session de pourparlers.

Mais il est douteux que l’administration Bush cède, ajoutent-ils, notant que Washington exige la fin des ambitions nucléaires avant toute concessions.

Enfin, des experts se demandent si la Corée du Nord ne veut pas amener Washington à abandonner carrément sa stratégie de négociation consistant à mobiliser tous ses voisins pour faire pression sur Pyongyang.

«La Corée du Nord reprendra les négociations. Mais cela prendra du temps et finalement, une solution devra passer par des pourparlers bilatéraux avec les Etats-Unis », dit M. Paik.

«Rien ne prouve que la Corée du Nord possède des armes atomiques, mais je pense qu’ils nous avertissent qu’il ne faut pas exclure la possibilité qu’ils prennent formellement l’option nucléaire dans un proche avenir », a dit M. Paik.