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Regroupés derrière un cordon de police les empêchant de s’approcher davantage des lieux de l’intervention, des dizaines de journalistes patientent. Depuis que l’enquête a relevé des liens entre Molenbeek-Saint-Jean et les attentats de vendredi dernier à Paris, la commune de l’agglomération bruxelloise est devenue le centre de l’attention, vers lequel tous les regards et objectifs sont désormais tournés. L’entité belge de près de 100 000 habitants fait les grands titres de la presse internationale.

"Plaque tournante du djihadisme"

Au-delà des faits et des déclarations des représentants politiques belges qu’énoncent de nombreux titres, tous dépeignent une réalité bien peu enviable : celle d’un quartier entretenant des "liens indélébiles avec le djihad", comme l’exprime Le "Washington Post" . Le quotidien américain plante le décor : "De l’autre côté du canal, des cafés cousus, business florissants et élégants bâtiments qui définissent le centre de la capitale belge, se trouve Molenbeek, un quartier à large majorité musulmane qui est devenu l’un des terrains de reproduction les plus fertiles de l’extrémisme islamiste violent […]. Appartements miteux, maisons minables et mauvaises écoles contrastant vertigineusement avec les formidables institutions européennes."

La presse européenne, américaine et de l’autre côté de la Méditerranée fait ainsi apparaître Molenbeek, sur la carte du monde, comme une "plaque tournante", un "carrefour", une "base arrière", "un refuge", une "halte obligatoire" des réseaux djihadistes en Europe. "Depuis le début des années 2000, la Belgique abrite des réseaux djihadistes très actifs. Beaucoup gravitent ou vont graviter, au moins à un moment de leur existence, autour de Molenbeek-Saint-Jean", écrit, fatali st e, "Libération" . "Presque invariablement quand une atrocité islamiste se produit sur le continent, l’attention se tourne vers ce quartier bruxellois", fait remarquer " The Guardian " tandis que la version arabe du " Huffington Post " dresse la li ste des événements terroristes dans lesquels la commune bruxelloise a, par le biais de ses ressortissants, été impliquée : le 11 septembre, l’assassinat du commandant Massoud, les attentats de Madrid, la tuerie au Musée juif de Bruxelles, celle à Charlie Hebdo ou, dernièrement, la tentative avortée du Thalys.

Cet ensemble d’événements, appuyé par des avis experts, fait dire à la presse internationale que "les graines d’un islamisme extrémiste violent [y] ont été plantées il y a longtemps". Et de rappeler que la Belgique compte le plus grand nombre de volontaires partis combattre en Syrie et en Irak, proportionnellement à sa population, dont beaucoup viendraient de la commune incriminée. Ceux-ci "émergent d’un choc social inhabituel qui a empêché Molenbeek de devenir un melting pot belge".

Trente ans de prosélytisme

L’histoire même de cette commune dont nombre d’habitants sont issus de l’immigration marocaine, turque, égyptienne ou libyenne, aurait fait le terreau de l’extrémisme d’une "petite minorité" d’entre eux : "Dans les années 1970, les tenants du mouvement wahhabite venu d’Arabie Saoudite y établissaient mosquées et écoles comme relais d’une vision rigoriste de l’islam", détaille "Egypt Independent". "Ce travail de ‘salafisation’ des esprits est le fruit d’un prosélytisme d’une trentaine d’années, très actif, menée par l’Arabie Saoudite", ajoute "Libération". "La commune eut sa fortune industrielle sous le nom de "Petit Manchester". Mais comme les friches de la dépression britannique, […] la réussite ancienne a fait le lit du malheur présent . La crise, le chômage, paupérisation. Et une population d’origine marocaine et turque qui se replie sur elle-même, à la 2e ou 3e génération", retrace "Le Figaro" . Derrière des titres parfois tapageurs, certains quotidiens tentent donc de mettre le doigt sur l’origine des problèmes particuliers à cette partie de la ville, "l ’une des plus pauvres en Europe du Nord-Oues t", précise le "New York Times", qui ajoute à la problématique la complexité d’un système belge "décentralisé".

Les stigmates d’un ghetto

"Le Monde" tente de modérer des propos unanimement sombres, à l’instar du "Figaro" qui décrit Molenbeek comme un "ghetto de misère". "Hâtivement présentée comme un ghetto islamiste, la municipalité est, en réalité, très contrastée." Et de donner la parole à ce "jeune homme en survêtement gris, barbe courte et capuche sur la tête". "Si beaucoup de jeunes d’ici sont partis en Syrie, dit-il, c’est surtout parce que personne ne s’est jamais vraiment occupé d’eux, jusqu’à ce que des fanatiques leur donnent l’impression qu’ils allaient enfin exister. […] Pour rechercher un travail, je mentionne l’adresse d’un ami, qui n’habite pas Molenbeek." Le "Washington Post" estime que les récents événements "portent un coup à ceux qui tentent de déconstruire l’image de la commune". Enfin, "El Pais" relaie les propos de ce travailleur social, exaspéré par la stigmatisation dont les habitants font l’objet : "Les jeunes veulent devenir footballeurs, pas terroristes ."