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Marks & Spencer est dans de beaux draps. Quoi de plus normal, direz-vous, pour le premier vendeur de vêtements du Royaume-Uni en termes de chiffre d’affaires ? Mais le problème n’a justement rien de très normal. La chaîne de magasins probablement la plus célèbre de Grande-Bretagne était menacée lundi de boycott. En cause, une singulière histoire de champagne.

C’est un client de M&S à Londres qui l’a racontée au "Sunday Telegraph". "J’avais une bouteille de champagne à la main et la dame, qui portait un voile, s’est confondue en excuses, mais m’a expliqué qu’elle ne pouvait pas me prendre à la caisse. Elle m’a dit d’attendre qu’un autre employé du magasin soit disponible. J’étais déconcerté, cela ne m’était encore jamais arrivé."

Depuis, d’autres témoignages analogues sont parvenus au journal et la polémique a enflé. La page Facebook de l’enseigne a été submergée de messages de protestation et un groupe appelant au boycott de la chaîne avait suscité lundi matin plus de 8 000 "like". Assez pour forcer la direction à laver dare-dare son linge sale en public.

En regrettant d’éventuelles erreurs de casting, la firme a rappelé qu’elle a pour politique d’affecter son personnel à des postes qui ne lui imposent pas de violer des interdits religieux. Des musulmans qui refusent de manipuler des alcools ou de la viande de porc sont ainsi invités à rejoindre les rayons textile ou boulangerie. En déclarant suivre les mêmes règles, les concurrents de M&S, Morrisons, Tesco ou Asda, animés par un bel esprit de Noël, n’ont pas cherché à tirer la couverture à eux.

Cette politique est d’application dans les 700 magasins de M&S au Royaume-Uni et pour toutes les religions - on se rappellera que Michael Marks, un des fondateurs, était un émigrant juif originaire de Slonim, ville aujourd’hui biélorusse. On appréciera cette remarquable leçon de tolérance, alors que rien n’oblige finalement quelqu’un qui a, par exemple, l’alcool et le porc en horreur, à travailler dans un magasin qui en vend. La chaîne n’a pas précisé, cependant, où elle mettait les employés que leurs convictions religieuses empêchent de servir des homosexuels.