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Un témoignage inédit publié jeudi par le journal 'Libération' relance les questions sur le rôle joué par les autorités françaises dans les jours ayant entouré l'attentat contre l'avion du président rwandais Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994 à Kigali, qui a marqué le déclenchement du génocide contre les Tutsi et entraîné la mort de dix Casques bleus belges.

Selon le quotidien français, "le faux certificat de décès d'un gendarme français mort en avril 1994 à Kigali (...) renforce les doutes sur le rôle de Paris" dans ce dossier.

Entre le 7 et le 9 avril 1994, deux coopérants militaires appartenant à la gendarmerie française, les adjudants-chef René Maïer et Alain Didot, ont été assassinés à Kigali en même temps que l'épouse du second, Gilda Didot.

Depuis près de 19 ans, les circonstances précises de ces trois assassinats demeurent mystérieuses, donnant lieu à diverses conjectures.

Plusieurs sources ont cru pouvoir imputer ce crime au Front patriotique rwandais (FPR, la rébellion de l'actuel Paul Kagamé arrivée au pouvoir en juillet), qui se serait ainsi débarrassé de deux opérateurs radio susceptibles d'écouter ses communications ou d'espionner son cantonnement.

D'autres, à l'inverse, laissent entendre que les deux gendarmes auraient pu être les témoins involontaires de l'organisation de l'attentat par des militaires extrémistes hutu, soutenus par la France.

Entendu en mai dernier par le juge d'instruction antiterroriste français Marc Trévidic, qui enquête sur cet attentat, le médecin militaire Michel Thomas affirme dans un procès-verbal, selon 'Libération', n'avoir jamais rédigé le "certificat du genre de mort" de René Maïer, qui porte pourtant, en guise de signature, un tampon à son nom.

Ce document, qui circule depuis plusieurs années, comporte en effet deux anomalies: la mort est datée du 6 avril 1994, alors qu'il est établi que le gendarme était encore vivant le lendemain et le certificat conclut à une mort "d'origine accidentelle" causée par des "balles d'armes à feu".

Ce témoignage inédit du Dr Thomas laisse ouvertes les nombreuses interrogations entourant ce triple assassinat.

Pourquoi l'armée française à Bangui (en Centrafrique, par où les corps ont transité avant d'être rapatriés vers la France) a-t-elle rédigé un certificat du genre de mort frauduleux? Pourquoi la France n'a-t-elle ouvert aucune enquête à la suite de l'assassinat de deux gendarmes en mission? Pourquoi un émissaire de la gendarmerie a-t-il fait signer aux parents de Gilda Didot, en mai ou juin 1994, un document par lequel ceux-ci s'engageaient à ne jamais diligenter de procédure au sujet de cet assassinat? Quelle faction a éliminé les deux gendarmes et Gilda Didot? Leur assassinat est-il lié à l'attentat du 6 avril 1994?

"Ces deux gendarmes, chargés des transmissions radio entre l'ambassade de France et l'armée rwandaise, ont-ils écouté des conversations qu'ils n'auraient jamais dû entendre et qui concerneraient l'attentat déclencheur du génocide?", s'interroge 'Libération'.

Selon le quotidien, sur le procès-verbal en question, "le juge Trévidic aurait jugé ces faits +gravissimes+ et de nature à réorienter sa propre enquête sur l'attentat, en s'interrogeant sur l'attitude de Paris lors de ce moment clé de l'histoire du pays".

Ce qui semble indiquer, pour le journal, que pour le magistrat antiterroriste, les deux opérateurs radio auraient pu être les témoins de transmissions permettant d'identifier les organisateurs de l'attentat, qui a aussi coûté la vie à plusieurs autres personnes, dont le président burundais Cyprien Ntaryamira et les trois membres de l'équipage français: Jacky Héraud, Jean-Pierre Minaberry et Jean-Michel Perrine.

Le lendemain, dix Casques bleus belges servant au sein de la Mission des Nations Unies au Rwanda (MINUAR) avaient été assassinés par des militaires rwandais dans un climat de rumeurs faisant état de l'implication de la Belgique dans l'attentat contre le Falcon 50 du président Habyarimana.