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Le maire de Toronto Rob Ford a fini par reconnaître mardi avoir déjà fumé du crack, puissante drogue dérivée de la cocaïne, confirmant les soupçons nés d'une vidéo aux mains de la justice.

"Oui, j'ai fumé du crack", a déclaré le maire à la stupéfaction des journalistes lors d'un point de presse impromptu à l'hôtel de ville de Toronto, alors que les appels à sa démission se multiplient depuis la semaine dernière.

"L'ai-je déjà essayé? Vraisemblablement à un moment où j'étais en état d'ébriété", a admis le maire de la quatrième ville d'Amérique du Nord, la plus grande du Canada. "Oui, j'ai fait des erreurs et tout ce que je peux faire maintenant, c'est présenter mes excuses et passer à autre chose", a-t-il ajouté.

Cet aveu a suscité bon nombre de réactions dans la classe politique canadienne. "C'est certainement un jour très triste pour Toronto. Je crois que, sur le plan personnel, le maire de Toronto a besoin d'aide", a déclaré le ministre canadien de la Justice, Peter MacKay.

"La police et le système de justice doivent intervenir", a dit pour sa part la Première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne.

"Je ne suis pas toxicomane"

Rob Ford, élu à la tête de la ville en 2010, a indiqué que cette consommation pouvait remonter à "il y a environ un an", mais il "n'en est pas sûr". "Je ne suis pas un toxicomane", s'est-il défendu.

Or, selon Janina Kean, responsable du High Watch Recovery Center, un centre américain de traitement de la dépendance à l'alcool ou à la drogue, "le crack est une des substances créant l'une des plus fortes dépendances et si quelqu'un en fume, il a alors un sérieux problème de toxicomanie".

Le chef de la police de Toronto Bill Blair avait lancé une bombe jeudi dernier en annonçant avoir transmis à la justice une vidéo récupérée sur un disque dur d'un ordinateur saisi chez des trafiquants de drogue et dans laquelle le maire Rob Ford semblait en train de tirer sur une pipe dans un lieu fréquenté par des fumeurs de crack.

Le maire Ford avait jusque-là toujours fermement démenti l'existence de cette vidéo, révélée pour la première fois en mai par le quotidien Toronto Star, ou d'avoir consommé du crack. Il avait cependant reconnu son penchant pour le cannabis, lui qui a été reconnu coupable de possession de cette drogue aux Etats-Unis, en 1999.

Il a implicitement reconnu mardi que la fameuse vidéo existait mais qu'il ne se souvenait pas dans quel contexte elle avait pu être tournée.

"Il y a eu des moments où je me suis trouvé dans un état alcoolique avancé et c'est pourquoi je veux voir la vidéo (...) Je ne me souviens pas d'une vidéo. Je veux voir dans quel état j'étais", a dit le maire.

Dimanche, Rob Ford avait confessé des "erreurs", notamment son penchant pour l'alcool et ses dérapages violents, mais avait promis de rester dans son fauteuil et de se battre pour défendre sa réputation.

Il avait même défié la police à l'occasion de sa traditionnelle émission sur une radio privée en la sommant de "rendre publique cette vidéo".

C'est à la justice d'en décider, avait répliqué le chef de la police Bill Blair, expliquant que la bande pourrait servir d'élément de preuve dans des poursuites contre un proche du maire, qui est aussi son chauffeur occasionnel, Alexander Lisi. Ce dernier est poursuivi pour "extorsion" pour avoir tenté, sous la menace, de récupérer la vidéo filmée à partir d'un téléphone portable afin de la faire disparaître.

Juste avant la sortie du maire, mardi, son frère, Doug Ford, qui est aussi conseiller municipal à Toronto, avait accusé le chef de la police d'avoir tenu des "commentaires personnels inacceptables" contre l'édile.

Bill Blair "est le chef de police le plus politisé que nous ayons eu" et il a un "parti pris contre le maire", avait déclaré Doug Ford.

Les prochaines élections municipales sont prévues en octobre 2014.

Le maire "honteux" affirme qu'il restera à son poste)

Le maire de Toronto Rob Ford, qui a reconnu avoir consommé du crack, a présenté mardi ses excuses à ses administrés, assurant qu'il entendait poursuivre son "travail" jusqu'à la fin de son mandat dans un an.

"Ces erreurs n'arriveront plus. (...) Je vous ai laissé tomber", a déclaré M. Ford, "honteux", la voix serrée par l'émotion. "Nous devons poursuivre ce travail important", a-t-il lancé lors d'une conférence de presse, donnant rendez-vous aux habitants de la plus grande ville canadienne en octobre 2014 "pour décider s'ils veulent que Rob Ford soit leur maire".