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ANALYSE

CORRESPONDANT À ROME

Rome, mai 2001: à la veille des élections, un Silvio Berlusconi radieux et solennel présente à la télévision son «contrat avec les Italiens» paraphé par un notaire. Le coup de pub est efficace et, dit-on, s'est révélé déterminant dans la conquête des urnes.

Sua Emittenza Berlusconi s'engageait alors à abattre la pression fiscale, mettre en oeuvre un plan de prévention du crime, augmenter les pensions, créer 1,5 million d'emplois et lancer de nombreux grands chantiers. «Si je ne gagne pas quatre de ces cinq défis, je m'engage à ne pas représenter ma candidature aux futures consultations», jurait le signataire.

Réforme au point mort

Cinq ans plus tard, au moment de tirer les bilans, force est de reconnaître que l'exécutif Berlusconi n'a obtenu qu'un faible résultat tandis que le candidat Berlusconi, à nouveau sur la brèche, évite soigneusement d'évoquer ses promesses tenues à moitié, accusant l'opposition de l'avoir «empêché de travailler».

Les diverses mesures prises en matière de sécurité sociale n'ont en réalité permis d'étoffer le revenu que d'un tiers des ayants droit et la réforme du secteur est au point mort. La politique fiscale n'a pas été «retournée comme un gant» ainsi que le voulait le Premier ministre sortant, ses maigres succès en termes de recettes sont avant tout dûs à une rafale d'amnisties tandis que la fraude à l'impôt demeure le sport préféré des Italiens.

Les choses vont un peu mieux sur le plan du travail: selon les dernières statistiques, 1,2 million de postes de travail ont été créés, mais la moitié des premiers emplois sont frappés de la plus grande précarité. On note aussi que Silvio Berlusconi n'a pas réussi à supprimer la norme interdisant le licenciement sans motivation valable, qu'il voit comme un frein à la flexibilité.

Sécurité améliorée

Question grands chantiers, les comptes sont déficitaires. Hors la protection de Venise par des digues hydrauliques et le pont sur le détroit de Messine dont les projets demeurent sur le papier, l'administration n'a pu débloquer qu'un quart des investissements prévus. En revanche, quelques progrès ont été enregistrés dans le domaine de la sécurité des citoyens, cheval de bataille de la post-fasciste Alliance nationale, grande alliée de Silvio Berlusconi. Si la lutte contre la mafia et contre le terrorisme international reste hésitante, les Brigades rouges renaissantes ont pu être démantelées et la législation tente de mettre de l'ordre dans l'immigration clandestine (là aussi à coup d'amnisties). Enfin, le gouvernement Berlusconi a lancé une vaste réforme de l'enseignement d'application difficile et qui fait bon nombre de mécontents. La nouvelle Constitution fédérale, quant à elle, attend le jugement référendaire.

A ce bilan intérieur en demi-teintes s'ajoute une politique étrangère tâtonnante. Silvio Berlusconi n'a pas laissé un souvenir remarquable de son semestre à la présidence de l'Union européenne en 2003, il affiche un américanisme d'acier trempé, se vante de son amitié avec Vladimir Poutine et a collectionné gaffe sur gaffe lors de sommets internationaux. Il s'est aussi démontré impuissant à gérer la présence italienne en Irak (2 500 hommes sous les ordres des Britanniques), un argument très impopulaire, changeant plusieurs fois d'avis quant à la date de retrait du contingent.

L'impression générale est celle d'une déception. Silvio Berlusconi promettait la réalisation des rêves de tous les Italiens; il laisse un pays en proie à ses vieux problèmes alors que le pouvoir d'achat des familles est en nette baisse. D'aucuns y voient la raison de l'élargissement de la frange des indécis qui seront déterminants dans le vote de dimanche et lundi. L'«antipolitique» berlusconienne au grand pouvoir de séduction n'a accouché que d'un désintérêt diffus pour la chose publique.

© La Libre Belgique 2006