International Le premier génocidaire rwandais jugé en France écope toujours, en appel, de 25 ans.

La cour d’assises de Seine-Saint-Denis a confirmé samedi en appel la condamnation à 25 ans de réclusion criminelle de Pascal Simbikangwa, premier Rwandais à être jugé à Paris en 2014 pour sa participation au génocide des Tutsis en 1994. Son avocat, Fabrice Epstein, a déploré "une décision bâclée qui fait honte à la justice française", et annoncé un pourvoi en cassation. "C’est pour nous une grande satisfaction de voir que le combat qu’on mène depuis vingt ans porte ses fruits", a dit en revanche Alain Gauthier, du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR).

L’inculpé avait été condamné à 25 ans de réclusion criminelle par la cour d’assises de Paris en mars 2014. Une condamnation que la défense avait alors qualifiée de "politique" parce qu’elle tombait peu avant le 20e anniversaire du début du génocide (un million de morts), le 6 avril 1994.

Le nom seul de l’ancien capitaine de la garde présidentielle, reconverti dans la police politique du président Habyarimana après qu’un accident l’eut rendu hémiplégique, suffisait, avant le génocide, à terroriser opposants, défenseurs des droits de l’homme et journalistes au Rwanda. Vingt ans après le génocide, la justice française - largement condamnée pour son immobilisme - avait choisi de finalement juger le capitaine Simbikangwa. Il s’agissait du quatrième procès pour complicité de crimes contre l’humanité tenu en France, après ceux de Klaus Barbie, Maurice Papon et Paul Touvier.

Simbikangwa avait été arrêté pour trafic de faux papiers à Mayotte (où il vivait sous un faux nom, comme de nombreux génocidaires rwandais présumés) en 2008, puis amené en France métropolitaine. Il était accusé de "complicité de génocide" et "complicité de crimes contre l’humanité" pour avoir organisé à Kigali des barrages routiers qui servaient à trier les gens par ethnie ; les Tutsis ou supposés tels y étaient impitoyablement tués. Il est aussi accusé d’avoir distribué des armes, des instructions criminelles et des encouragements à tuer aux miliciens extrémistes hutus qui tenaient ces barrages, en compagnie de simples habitants.

Pas un seul cadavre

Comme devant les assises de Paris, il y a deux ans, l’accusé a nié devant les jurés de Bobigny toutes les charges qui lui étaient reprochées, minimisant son rôle dans l’appareil répressif du pouvoir rwandais et clamant son innocence. Lors du premier procès, il n’avait pas craint d’affirmer n’avoir vu "aucun cadavre" durant les trois mois que dura le génocide, alors que l’air même du Rwanda était empesté par le nombre de dépouilles laissées sans sépultures. Lors du second procès, il a reconnu avoir "en fait vu une victime".

Comme lors du premier procès, Pascal Simbikangwa s’est à plusieurs reprises proclamé "cartésien", tout en déroutant ses auditeurs par d’incessantes digressions et son peu d’empressement à répondre aux questions. Il n’a cessé d’accuser les témoignages d’être "fabriqués", tandis que ses avocats se sont attachés à les décrédibiliser, à souligner l’absence de preuves matérielles directes - ce qui est le cas de la plupart des procès sanctionnant ce génocide - et de victimes directes.

Lors du premier procès, la défense avait demandé l’acquittement et dénoncé le procès comme "non équitable" parce que, s’étant déclaré indigent, l’accusé disposait d’avocats pro Deo moins payés que ceux des parties civiles. Vendredi, à Bobigny, la défense avait de nouveau demandé l’acquittement et estimé le procès "pas équitable" parce que, "pas un instant, la parole de Pascal Simbikangwa n’a été écoutée comme celle d’un innocent". Lors du premier procès, le parquet avait requis la perpétuité.