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On commence à en savoir un peu plus sur les ressortissants belges partis rejoindre la rébellion islamiste dans le nord de la Syrie. "La Libre Belgique" verse cette fois-ci au dossier un document exclusif, qui explique une journée type du futur combattant de l’Etat islamique de l’Irak et du Levant (EIIL). Ce document paraît authentique à un expert du contre-terrorisme belge, qui l’a examiné. Il correspond à ce que les policiers belges ont entendu en interrogeant les jeunes revenus de Syrie.

Ce document de l’EIIL émane du gouvernorat de Rakka, le fief de ce groupe lié à al Qaeda, cible à la fois du régime de Damas et de l’Armée syrienne libre (ASL). Il donne dans le détail les cours d’endoctrinement que doivent suivre les volontaires à leur arrivée dans le nord de la Syrie.

Un cours de Coran dès 5h du matin

Et cela commence fort, avec un cours de Coran à 5 heures du matin… suivi d’une succession de sports, cours de théologie, de jurisprudence islamique, de langue arabe (beaucoup de jeunes Européens d’origine arabe ne parlent pas la langue), de calcul, de jeux et surtout de prières.

Tout volontaire est mis à l’épreuve. Certains sont jetés en cellule à leur arrivée, car le groupe se méfie des espions, mais tous doivent passer par une période d’endoctrinement, suivie d’une formation militaire, avant de partir éventuellement au combat.

Au total, les Belges, qui seraient au moins 200 selon les autorités, doivent prier six fois jour et nuit : à l’aube (5h), à midi (dohr), à 14h (asr), au coucher du soleil (maghrib), à 18h (icha), à 3h30 du matin (witr). On se couche à 21h et on se lève à 3h30.

Ils sont répartis dans plusieurs villas de la banlieue riche d’Alep, désertées par leurs occupants, et dans d’autres villes. "Les Belges se répartissent selon leurs affinités linguistiques", confirme l’expert en contre-terrorisme. Et ils font partie de groupes comme l’EIIL et le front Al-Nosra. Financés par des ressortissants des pays du Golfe, ces groupes ne manquent de rien. Les nouveaux arrivants reçoivent des kalachnikovs et postent sur les médias sociaux des photos de mets délicieux, souligne une enquête sur Internet publiée la semaine dernière par "Le Vif".

"Kafr Hamra, l’endroit où sont arrivés de nombreux combattants belges, est plein de villas résidentielles", a expliqué au "Standaard" l’un des djihadistes revenus en Belgique, Michael alias Younès Delefortrie. "Les combattants vivent par groupes de vingt dans les maisons abandonnées par des directeurs de banques et d’autres riches. Toutes avec une piscine, et quatre à cinq chambres."

Delefortrie affirme que "les Belges sont surtout occupés à boire du thé et à manger des biscuits", voire à regarder la télévision et à entretenir les armes, mais reconnaît que le groupe dont il a fait partie a procédé à des décapitations. Leurs auteurs seraient morts, selon lui. Au moins vingt Belges sont morts dans les combats, selon le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders.

Un scénario de "Big Brother"

"Ces villas sont devenues de véritables Big Brother, l’émission de téléréalité où des jeunes sont enfermés et filmés 24h/24", relève Bahar Kimyongur, militant contre la guerre en Syrie, chiite d’origine alévie, qui ne cesse de fouiller sur Internet toutes les vidéos et messages en provenance de Syrie. Kimyongur, qui aide plusieurs familles de jeunes partis là-bas, estime que ces jeunes ont été endoctrinés et croient faire en Syrie "l a hijra, l’émigration, un mot chargé de sens qui se réfère à l’hégire du prophète de l’islam".

L’antiterrorisme belge se méfie des récits postés de Syrie car tout ressortissant belge qui veut revenir au pays a intérêt à présenter son récit sous l’angle le plus favorable. Jejoen Bontinckx n’avait de prime abord rien à dire aux enquêteurs belges quand il est revenu de Syrie, sinon qu’il avait fait de l’humanitaire, mais son audition fait quand même une centaine de pages.

Un immense guêpier

Ceux qui reviennent se disent troublés par les combats qui opposent désormais l’EIIL aux autres groupes islamistes et à l’Armée syrienne libre. Car ce scénario sert directement les intérêts du gouvernement de Bachar Al-Assad. Le chef d’al Qaeda, Ayman Al-Zawahiri, a lancé le 23 janvier aux djihadistes un appel à cesser ce combat fratricide.

"Ce vieux renard du djihad sent bien ce qui va se passer", analyse l’expert du contre-terrorisme belge. "Le pouvoir va faire ce que les Algériens ont fait dans le passé : ils ont infiltré le GIA. L’Algérie et la Syrie sont allées à la même école du renseignement russe. Le GIA algérien était authentique de 1992 à 1995. Après il avait été infiltré."

Les centaines de jeunes Européens partis faire le djihad sont donc tombés dans un immense guêpier, dont les principales victimes sont les civils syriens. La France, longtemps après la Belgique, commence à réaliser les enjeux de cette vague de djihadistes. Les médias fourmillent désormais d’interviews de parents rongés par l’angoisse. Une mère de Bordeaux a ainsi témoigné sur i > TELE du départ subit de sa fille Anissa, 22 ans, partie à la mi-novembre pour se marier avec un combattant belge. Sa radicalisation a été foudroyante. "L’année 2013", a dit la mère, "cela a été le voile et tout le temps sur Internet".