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Quatre soldats américains ont été blessés samedi dans une opération d'évacuation aérienne avortée au Soudan du Sud, au septième jour des combats entre l'armée et les hommes de l'ancien vice-président entré en rébellion.

La communauté internationale réitérait, sans grand succès, ses appels au dialogue et deux pays voisins, le Kenya et l'Ouganda, ont ordonné l'évacuation de leurs ressortissants.

Les troupes gouvernementales, appuyées par des hélicoptères, marchaient samedi vers la ville de Bor, à 200 km au nord de Juba, contrôlée depuis jeudi par les partisans rebelles de Riek Machar, a indiqué un porte-parole de l'armée.

C'est près de cette ville qu'un aéronef américain a été touché par des tirs alors qu'il a tenté, sans succès, de se poser pour évacuer des citoyens américains, selon un porte-parole du Pentagone.

D'après une source militaire ougandaise et une source diplomatique, l'opération américaine impliquait trois appareils qui sont repartis en Ouganda, l'un d'entre eux étant touché et perdant du carburant.

Le Pentagone a indiqué que quatre soldats ont été blessés. Ils ont été évacués vers Nairobi, au Kenya, pour y être soignés, selon la source militaire ougandaise.


7 jours d'intenses combats

Depuis le 15 décembre, un conflit armé a éclaté entre l'ancien vice-président Riek Machar et le président sud-soudanais Salva Kiir, déchirant le plus jeune Etat de la planète, indépendant depuis 2011 après une longue guerre civile contre le Soudan.

Dans la seule capitale Juba, les combats ont fait au moins 500 morts et on compte plusieurs dizaines de milliers de personnes déplacées à travers le pays, un bilan très partiel.

Malgré les appels au dialogue, l'option militaire prévalait samedi.

"Nous avançons sur Bor (...) il y a des combats, mais nous sommes aidés par des unités aériennes", a déclaré samedi le porte-parole de l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA), Philip Aguer.

Bor est la capitale de l'Etat de Jonglei, l'une des régions les plus explosives de la jeune nation.

M. Aguer a démenti des informations selon lesquelles l'armée ougandaise voisine, qui avait envoyé des troupes vendredi à Juba pour sécuriser la capitale et permettre l'évacuation de milliers de ses ressortissants, participe aux combats contre Riek Machar.

Il a également souligné que l'Etat-clé d'Unité, producteur de pétrole, était sous le contrôle du gouvernement, précisant cependant qu'il y avait eu des combats pendant la nuit dans Bentiu, capitale de cet Etat.

Selon lui, l'un des chefs militaires, le général James Koang Choul, commandant d'une division qui contrôle l'Etat d'Unité, "aurait" cependant fait défection, sans ses hommes.

"Nous avons perdu tout contact avec le commandant (...) Des informations nous disent qu'il a rejoint Riek Machar", a-t-il dit, tout en assurant que les forces gouvernementales contrôlaient la zone.

La perte des champs pétroliers de l'Etat d'Unité serait une lourde défaite pour le gouvernement de Juba.


Des soldats étrangers en renfort

Après l'Ouganda vendredi, le président kényan Uhuru Kenyatta a décidé d'envoyer des soldats pour "commencer immédiatement l'évacuation des 1.600 Kényans se trouvant au Soudan du Sud", a annoncé le porte-parole de la présidence Manoah Esipisu dans un communiqué.

"Malgré le calme relatif à Juba, un certain nombre de villes sud-soudanaises connaissent à nouveau les combats", a-t-il ajouté, indiquant que les Kényans "sont principalement dans la localité de Bor".

D'autres Kényans, dans les villes de Rumbek, Ayod et Panyabol, "seront également évacués par avion".

L'armée kényane a commencé samedi à fournir de l'aide par avion à Juba, selon M. Esipisu.

Face à la recrudescence des violences (une dizaine de civils et deux Casques bleus indiens ont été tués jeudi), l'ONU et les Etats-Unis ont appelé au dialogue. Washington a dépêché vendredi son envoyé spécial dans la région, l'ambassadeur Donald Booth.

Dans une déclaration unanime mais non contraignante, le Conseil de sécurité a appelé vendredi Salva Kiir et Riek Machar, dont la rivalité politique a provoqué une vague de violences entre leurs deux communautés, Dinka et Nuer, "à lancer un appel à la cessation des hostilités et à l'ouverture immédiate d'un dialogue".

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry, dont le pays a fortement appuyé l'émergence du nouvel Etat, a exhorté "les dirigeants du Soudan du Sud (à) maîtriser les groupes armés sous leur contrôle, (à) cesser immédiatement les attaques contre les civils et (à) mettre un terme à l'engrenage de la violence entre différents groupes ethniques et politiques".

Le ministre éthiopien des Affaires étrangères, Tedros Adhanom, qui dirige une délégation de médiation africaine de cinq Etats, a déclaré, après avoir rencontré vendredi les deux rivaux, que les discussions étaient "très productives".

L'ONU a recensé 14 lieux du pays où ont été rapportés des combats, des troubles civils ou des tensions importantes. Les bases de l'ONU au Soudan du Sud hébergeaient vendredi plus de 35.000 personnes, dont 20.000 à Juba, malgré la fin des combats, 1.500 à Pibor et 14.000 à Bor.

Environ 200 employés du secteur pétrolier ont également trouvé asile auprès de l'ONU à Bentiu, dont un champ pétrolier a été attaqué, faisant cinq morts parmi les employés sud-soudanais. Selon un haut responsable de l'ONU, citant des témoignages sur place, il s'agissait là aussi d'une attaque de jeunes Nuer contre des employés Dinka.

A Juba, de nombreux habitants, affolés par des tirs intermittents tout au long de la nuit, prenaient d'assaut samedi la station d'autocars pour fuir la capitale, a constaté un photographe de l'AFP. Les étrangers convergeaient vers l'aéroport où plusieurs pays, dont les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, ont envoyé des avions pour évacuer leurs ressortissants.