International

Une décision positive, lundi, du comité permanent pour les denrées alimentaires - où sont représentés les Quinze - d'importer du maïs doux Bt-11 révolutionnerait-elle le vieux continent? Pas vraiment.

Avant la mise en place du moratoire en 1998 - qui interdisait la production et l'importation de produits transgéniques - les Quinze avaient déjà accordé une dizaine d'autorisations d'importation qui n'ont depuis jamais été remises en cause. En Europe, dix variétés de maïs, de colza et de soja ont reçu le précieux sésame. Ainsi, 35 millions de tonnes de soja transgénique sont importées chaque année dans l'Union. Ce dernier se retrouve pour partie dans l'alimentation humaine, notamment par son concours à la fabrication de lécithine (matière grasse utilisée comme additif dans de nombreux aliments).

Mais, le soja transgénique sert surtout à l'alimentation animale. Quant au maïs transgénique, il est utilisé dans la fabrication de la farine, du gluten, de la semoule, de l'amidon, du glucose et de l'huile. En produits finis, la consommation de produits transgéniques destinés à l'alimentation humaine s'avère toutefois marginale.

Face à la défiance des euroconsommateurs, l'industrie agroalimentaire européenne - pour la majeure partie en tout cas - aura préféré ne pas prendre de risques et bannir complètement tout composé génétiquement modifié dans l'élaboration de ses produits. Reste que de façon indirecte, les Européens ont déjà consommé à leur insu des OGM. Car ces derniers peuvent se retrouver par deux voies distinctes dans la chaîne alimentaire: par le biais des produits directement destinés à l'alimentation humaine mais aussi par le biais de l'alimentation des animaux d'élevage dont nous consommons les produits.

Or, pas plus l'ancien que le nouveau règlement européen ne prévoit l'étiquetage obligatoire pour des produits contenant des dérivés transgéniques. Autrement dit, si la nourriture destinée au bétail doit désormais mentionner l'éventuelle présence d'OGM, les produits issus de ce même bétail - lait, beurre, viande - ne doivent pas obligatoirement être étiquetés.

Dans ce contexte, le maïs Bt-11 de Syngenta - dont le dossier avait déjà été introduit avant le moratoire - constitue surtout un éclaireur de choc dans le cadre de la grande marche des OGM. Pas moins de 21 demandes, qui ont déjà dépassé le stade du rapport d'évaluation des Etats-membres - font antichambre dans les couloirs de la Commission européenne, dont une dizaine de sollicitations pour des mises en culture.

Autrement dit, faut-il s'attendre à ce qu'à terme l'Europe devienne un vaste champ d'OGM? Pas tout de suite, en tout cas. Aujourd'hui, hormis l'Espagne, les Quinze ne cultivent pas d'OGM. Une friche qui s'explique surtout par le désaveu des consommateurs européens à l'égard du génie génétique, mais aussi par le problème non-résolu - et très onéreux - de la coexistence entre les cultures traditionnelles, biologique et transgénique.

© La Libre Belgique 2003