International Barack Obama a remarquablement joué les équilibristes, mardi soir, en s’adressant au peuple américain. Le discours devait, au départ, convaincre celui-ci de l’urgence de châtier le régime syrien pour avoir employé des armes chimiques. Il a fallu in extremis concilier ce ton martial avec la proposition russe de placer de telles armes sous contrôle international, ce qui a pour conséquence de changer radicalement les options et le calendrier de la Maison-Blanche. Le résultat est un chef-d’œuvre de rhétorique dans lequel ne manquent, pour contenter tout le monde, que des vœux d’anniversaire adressés à Bachar al Assad qui fêtait mercredi ses 48 ans.

Du texte original, Barack Obama a gardé l’introduction qui dépeint toute l’horreur des armes chimiques : l’évocation du massacre du 21 août dans la banlieue de Damas, mais aussi le rappel des soldats gazés dans les tranchées de 14-18 et celui des chambres à gaz de l’holocauste. Le Président a expliqué ensuite pourquoi la sécurité des Etats-Unis était menacée si l’on ne punissait pas Bachar al Assad : laisser faire reviendrait à encourager le dictateur syrien et d’autres à développer leurs arsenaux chimiques, au risque de voir un jour les soldats américains y être exposés sur les champs de bataille, tandis que les organisations terroristes seraient alors susceptibles de se procurer de telles armes plus facilement.

Tout en rappelant qu’il pouvait, en tant que commandant en chef, décider seul de frapper Damas, Barack Obama a réaffirmé le scrupule démocratique qui l’anime en consultant le Congrès, scrupule qui contraste avec la tendance de la décennie précédente, a-t-il pris soin de souligner en visant les années Bush. Fier de s’être employé à mettre fin aux guerres déclarées par son prédécesseur, il s’est défendu de vouloir engager le pays dans un nouveau conflit, assurant qu’il était hors de question d’envoyer des soldats en Syrie, d’envisager une intervention de longue durée comme en Irak ou en Afghanistan, ou même de songer à une campagne aérienne prolongée comme en Libye ou au Kosovo.

Le président Obama a par ailleurs exclu de chercher à renverser un dictateur par la force. "Nous avons appris en Irak que faire cela rejette sur nous la responsabilité de tout ce qui suit" , a-t-il admis avec une étonnante candeur. Mais il n’en a pas moins réaffirmé la nécessité d’adresser à Bachar al Assad le "message" adéquat, leçon que seule l’Amérique est, selon lui, en mesure d’administrer militairement.

Dans l’immédiat, toutefois, des "signes encourageants" sont perçus, selon Barack Obama, grâce à la fois à la menace d’une intervention américaine et aux "entretiens constructifs" qu’il a eus avec Vladimir Poutine en marge du récent sommet du G20 à Saint-Pétersbourg. La Maison-Blanche a donc choisi de donner une chance à l’initiative du Kremlin dont la crédibilité repose en grande partie sur le fait que la Russie est "un des plus solides alliés" de Damas.

Le secrétaire d’Etat John Kerry a été dépêché à Genève, où il doit reprendre la discussion ce jeudi avec son homologue russe, Sergueï Lavrov. On se félicite d’ores et déjà, à Washington, du degré d’élaboration de la proposition russe, bien qu’en tuant dans l’œuf, mardi, une première mouture de la résolution française qui devait être soumise au Conseil de sécurité, le Kremlin a d’emblée fait douter de l’efficacité des mesures proposées, puisque Moscou s’oppose à tout recours à la force au cas où Bachar al Assad ne remplirait pas ses obligations.