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Reince Priebus en secrétaire général de la Maison-Blanche, et Stephen Bannon en stratège en chef, sont ses piliers. Analyse.

Une semaine après avoir créé l’une des surprises les plus monumentales de l’histoire politique américaine, Donald Trump se frotte à la fonction qu’il n’avait sans doute jamais sérieusement envisagé d’exercer en commençant à former son gouvernement. Il a annoncé dimanche soir les deux premières nominations qui, sans être ni l’une ni l’autre des surprises, n’en justifient pas moins l’inquiétude que l’élection du milliardaire new-yorkais a suscitée aux Etats-Unis et à l’étranger.

Reince Priebus a obtenu la récompense dont il rêvait : le poste de secrétaire général de la Maison-Blanche. Pour ce petit format sorti de nulle part, c’est une promotion météorique, que seule la victoire d’un candidat aussi atypique que Donald Trump pouvait lui laisser espérer. Priebus, 44 ans, n’a jamais rempli de mandat électif (son unique tentative, pour le Sénat du Wisconsin, fut un échec), mais cet avocat a visiblement du flair. Il réussit à prendre la direction du Parti républicain dans le Wisconsin en 2007 et on le crédite d’un double succès capital dans cet Etat du Midwest devenu résolument démocrate depuis que Ronald Reagan fut, en 1984, le dernier candidat républicain à y triompher dans une élection présidentielle (il est vrai qu’à la fois Al Gore et John Kerry y gagnèrent d’extrême justesse en 2000 et 2004) : la victoire aux législatives de 2010 malgré la fronde du Tea Party, et l’élection, la même année, du gouverneur Scott Walker (qui fut un des adversaires malheureux de Donald Trump dans les primaires).

Promu, dans la foulée, président du Comité national républicain, Reince Priebus contribua, en octobre 2015, à propulser Paul Ryan, député du Wisconsin, au poste de speaker de la Chambre, faisant de lui le deuxième personnage le plus important du pays après le président des Etats-Unis. Et il peut probablement revendiquer en partie la victoire décisive de Donald Trump, mardi dernier, dans ce Wisconsin que les Démocrates considéraient si volontiers comme acquis à leur cause, après les victoires faciles de Barack Obama en 2008 et 2012, qu’Hillary Clinton n’y fit jamais campagne - sa plus grosse erreur stratégique, très probablement.

Dans l’intervalle, Priebus fut le maître de cérémonie de la Convention républicaine, en juillet, à Cleveland (Ohio), et il réussit à convaincre Paul Ryan de ne pas suivre d’autres élus du parti dans leur boycott sans précédent de l’événement. Il a justifié un soutien sans faille à Donald Trump par le fait qu’en qualité de président national du parti, il ne pouvait que soutenir sans réserve le candidat choisi par une majorité des militants, une majorité par ailleurs écrasante. Mais l’homme a clairement senti, une fois de plus, dans quel sens soufflait le vent. Et il en récolte le bénéfice aujourd’hui.

Secrétaire plutôt que général ?

Comme "chief of staff" de la Maison-Blanche, Reince Priebus va jouir d’un pouvoir considérable, renforcé par la confiance que sa loyauté à Donald Trump lui vaudra de la part du futur président. A ce dernier, il apportera des atouts précieux : la connaissance des rouages internes du parti, l’étendue de ses relations avec le Congrès, son expérience de la politique. Il est à craindre, cependant, qu’il lui manque l’envergure et surtout l’envie pour tenir tête au besoin à son maître. Le secrétaire général de la Maison-Blanche risque donc d’être plus secrétaire que général, un homme lige plutôt qu’un conseiller.

On inclinerait à penser le contraire de Stephen Bannon, 62 ans, dont Donald Trump a fait son "stratège en chef". Priebus et lui seront "associés sur un pied d’égalité pour transformer le gouvernement fédéral", précise un communiqué du Président élu, ce qui situe d’emblée l’importance de l’insolite gourou de l’extrême droite américaine. Cet ancien officier de marine, accusé de colporter les théories racistes des suprémacistes blancs avec le soutien du Ku Klux Klan, ne devrait pas se contenter, lui, d’écouter et d’exécuter, mais exercer une réelle influence sur le nouveau locataire de la Maison-Blanche, ce qui en effraie plus d’un.

Bannon devra, cependant, compter avec la famille de Donald Trump, qui veut confier un rôle crucial à ses fils Donald Jr et Eric, à sa fille Ivanka, ainsi qu’au mari de celle-ci, Jared Kushner, un promoteur immobilier de 35 ans qui était déjà très présent dans la campagne et qui est maintenant omniprésent. C’est lui qui aurait provoqué la demi-disgrâce de Chris Christie, le gouverneur du New Jersey, qui a dû abandonner la direction de l’équipe de transition à Mike Pence, le futur vice-président. Les deux hommes ne s’entendaient visiblement pas, Kushner reprochant à Christie de placer ses fidèles aux postes clés de la future administration.