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Depuis plusieurs décennies, Donald Trump rêve de conquérir un nouveau territoire, en y érigeant des bâtiments à son nom: la Russie. Désormais sur le perron de la Maison Blanche, le président élu affiche ses velléités de rapprocher Washington et Moscou.

En 2013, le concours de beauté Miss Univers, dont il était propriétaire jusqu'à l'an dernier, se déroulait dans la capitale russe. Le milliardaire y voyait l'occasion de côtoyer le président Vladimir Poutine, qu'il admire.

"Pensez-vous que (Vladimir) Poutine va venir au concours Miss Univers en novembre à Moscou --si c'est le cas, est-ce qu'il deviendra mon nouveau meilleur ami", avait tweeté M. Trump.

Espoirs déçus: l'homme fort du Kremlin a envoyé un proche, avec un cadeau pour l'Américain.

Une déception précédée par trois décennies de vains efforts pour s'installer dans un pays qui le captive, pour le potentiel de développement de son empire immobilier mais aussi pour ses dirigeants pragmatiques aux nerfs d'acier.

Il explique dans un livre publié en 2004 que cette attirance est née lors d'un déjeuner en 1986 avec l'ambassadeur soviétique aux Etats-Unis, Youri Doubinine, qui s'est transformé en opportunité d'investissement.

"Il se trouve que la fille de Doubinine avait lu des articles sur la Trump Tower", se rappelle-t-il. "Une chose en entraînant une autre, je me retrouve parlant de construire un grand hôtel de luxe face au Kremlin".

Repérage à Moscou 

L'année suivante, il fait du repérage de sites potentiels. Mais rien ne se concrétise et, pendant la décennie suivante, l'homme d'affaires est embourbé dans les faillites de ses casinos d'Atlantic City (est des Etats-Unis).

Autre occasion en 1997: il se rapproche de l'étoile montante de la politique russe, le général Alexandre Lebed.

Les deux hommes discutent à la Trump Tower, résidence principale du magnat de l'immobilier, à New York. Selon le magazine New Yorker, le Russe applaudit le projet d'hôtel moscovite, vu comme un symbole de l'afflux de capitaux américains en Russie.

Si le voyage de M. Trump à Moscou cette année-là est de nouveau infructueux, il en revient encore plus séduit par le pays et ses dirigeants.

"Je ne comprends pas pourquoi les décideurs américains sont toujours si réticents à travailler avec la Russie sur des sujets affectant directement notre propre survie", écrit-il en 2000, quand il envisage une candidature présidentielle.

Alexandre Lebed, qu'il voyait devenir président de Russie, meurt accidentellement en 2002. Entretemps, l'ancien officier du KGB Vladimir Poutine a pris les commandes du Kremlin et M. Trump convoite plutôt la manne financière que les nouveaux riches russes font sortir de leur pays.

Nouveau projet d'implantation à Moscou en 2005, nouvel échec. Cette fois, il s'est engagé avec le promoteur new-yorkais Bayrock Group, dirigé par deux immigrants de l'ère soviétique, mais le contrat de construction d'une Trump Tower dans la capitale russe reste lettre morte.

'J'aime vraiment Poutine' 

En revanche, les partenaires bâtissent une tour d'appartements luxueux à Manhattan, et d'autres projets immobiliers estampillés Trump en Floride.

Leur principale source de financement est russe, notamment par une société d'investissements enregistrée en Islande identifiée comme "pro"-Poutine dans des procès.

Le milliardaire n'est pas visé par ces poursuites mais une déposition donne de nouveau un aperçu de son appétence pour le pays des Tsars. "La Russie est l'un des endroits les plus bouillonnants au monde en matière d'investissement. Nous serons à Moscou un jour", affirme-t-il.

Quand il soupèse une candidature à la Maison Blanche en 2007, il tresse de nouveau des lauriers à Vladimir Poutine: "Que vous l'appréciez ou non, il fait un super boulot pour redorer l'image de la Russie et aussi pour rebâtir la Russie, point final".

"J'aime vraiment Vladimir Poutine. Je le respecte. Il fait bien son travail. Bien mieux que notre Bush", dit-il à des journalistes russes qu'il reçoit après la vente record en 2008 d'un prestigieux domaine en Floride au milliardaire russe Dmitri Rybolovlev.

Au moment du concours Miss Univers à Moscou, un nouveau contrat pour une Trump Tower près du Kremlin a été conclu. Il rejoindra les autres aux oubliettes.

Ce qui n'altère en rien son admiration pour Vladimir Poutine qui, estime-t-il dans une tribune au New York Times, "donne des leçons à notre président. Notre pays n'a jamais eu l'air aussi faible".

Même depuis son accession à la Maison Blanche, il reste un fidèle admirateur de M. Poutine, balayant d'un revers de main toutes les accusations à son encontre.