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Le vice-Premier ministre turc Bülent Arinç a invité mardi les Turcs à mettre immédiatement fin aux manifestations, au cinquième jour du mouvement de protestation dirigé contre son gouvernement dans l'ensemble de la Turquie.

M. Arinç s'est dit persuadé que "les citoyens responsables vont cesser aujourd'hui" leurs protestations, "c'est ce que nous attendons d'eux", lors d'une conférence de presse à Ankara avoir été reçu par le chef de l'Etat Abdullah Gül.

"J'en appelle à tout les syndicats, tous les partis politiques et à tous ceux qui aiment et pensent à la Turquie de le faire aujourd'hui", a continué M. Arinç, qui est aussi le porte-parole du gouvernement islamo-conservateur, au pouvoir depuis 2002.

M. Arinç a aussi affirmé que le gouvernement turc avait "tiré la leçon" des événements des derniers jours.

Signe de l'aggravation du mécontentement populaire, l'une des plus importantes confédérations syndicales turques, la Confédération des syndicats du secteur public (KESK) a appelé à une grève de deux jours à partir de mardi pour dénoncer le recours à la "terreur" par l'Etat contre les contestataires.

"La terreur exercée par l'Etat contre des manifestations totalement pacifiques se poursuit de telle façon que cela menace la vie des civils", écrit-elle dans un communiqué publié lundi sur son site internet. Marquée à gauche, la KESK, qui revendique 240.000 adhérents regroupés dans 11 syndicats, a également estimé que la brutalité de la répression traduisait l'"hostilité envers la démocratie" du gouvernement islamo-conservateur au pouvoir.

Lundi soir, dans le quartier de Kavaklidere d'Ankara, les unités antiémeute ont tiré des balles en caoutchouc en direction des contestataires, pour la plupart des jeunes, qui les ont attaquées à coups de pierres, selon la chaîne de télévision CNN-Türk.

A Istanbul, les policiers ont tiré plusieurs dizaines de grenades de gaz lacrymogène pour déloger du quartier de Gümüssuyu (rive européenne) quelque 500 manifestants qui y avaient érigé des barricades et allumé des feux, d'après des témoins et des télévisions.

Mais tant dans cette mégalopole qu'à Ankara, d'autres rassemblements de plus grande ampleur se poursuivaient dans le calme dans la nuit. Dans la journée de lundi, manifestants et forces de l'ordre avaient repris leur violente confrontation, aussi bien dans la capitale, sur la place centrale de Kizalay, qu'à Istanbul, à proximité des bureaux du chef du gouvernement. Toujours aussi déterminés, les Stambouliotes ont à nouveau envahi par milliers la place Taksim, au coeur de la contestation et désertée depuis samedi après-midi par la police, brandissant des drapeaux turcs et scandant "Tayyip, démission!"

Erdogan inflexible

Sûr de lui, M. Erdogan a une nouvelle fois défié la rue avant de quitter lundi à la mi-journée la Turquie pour une tournée de quatre jours dans les pays du Maghreb.

"Nous resterons fermes", a affirmé le chef du gouvernement à la presse. "Mon pays donnera sa réponse" à l'occasion des élections locales de 2014, "si vraiment nous avons des pratiques antidémocratiques, notre Nation nous renversera", a-t-il souligné.

"Oui, nous sommes maintenant au printemps, mais nous ne le laisserons pas devenir un hiver", a-t-il ajouté dans une allusion au "Printemps arabe". Avant d'accuser les manifestants d'être menés par des "extrémistes" ayant des "liens" avec l'étranger.

Quelques heures plus tard, de Rabat cette fois, M. Erdogan a estimé que la situation était "en train de revenir au calme". "A mon retour de cette visite (au Maghreb, ndlr), les problèmes seront réglés", a-t-il poursuivi. Plus conciliant, le président turc Abdullah Gül a, quant à lui, appelé les manifestants au calme et pris, une fois encore, le contrepied du Premier ministre. "Il est tout à fait naturel d'exprimer des opinions différentes (...) dans des manifestations pacifiques", a déclaré M. Gül.

Le vice-Premier ministre turc présente ses excuses

Le vice-Premier ministre turc Bülent Arinç a présenté mardi ses excuses aux très nombreux manifestants blessés à l'occasion du mouvement de contestation antigouvernementale qui agite depuis cinq jours l'ensemble de la Turquie.

"Je présente mes excuses à tous ceux qui ont été victimes de violences parce qu'ils sensibles à la défense de l'environnement", a déclaré M. Arinç, porte-parole du gouvernement turc, lors d'une conférence de presse à l'issue d'un entretien avec le président Abdullah Gül. Une enquête sur le comportement de la police

La Turquie doit mener une enquête rapide et indépendante sur le comportement de la police face aux manifestants anti-gouvernementaux, a indiqué mardi à Genève une porte-parole de la Haut Commissaire des Nations Unies aux Droits de l'Homme.

"Nous accueillons favorablement le fait que les autorités admettent qu'un usage excessif de la force peut avoir eu lieu et leur appel pour une enquête sur les policiers qui auraient violé la loi et les standards internationaux des droits de l'Homme", a déclaré dans un point de presse Cécile Pouilly, porte-parole de la Haut Commissaire Navi Pillay, demandant une enquête "rapide, complète, indépendante et impartiale".