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Les attentats terroristes contre les symboles de l’Amérique, le World Trade Center de New York et le Pentagone à Washington, rappellent l’attaque surprise de Pearl Harbor et constituent un terrible réveil pour l’Amérique, la super-puissance mondiale.

Comme au soir du 7 décembre 1941 devant les épaves et les décombres fumants de la flotte du Pacifique attaqués par l’aviation japonaise, l’Amérique a été frappée en son coeur et -au moins temporairement impuissante- ne peut que contempler mardi soir les ruines des orgueilleuses tours jumelles du World Trade Center qui incarnaient sa domination sur les échanges mondiaux.

Et comme Pearl Harbor, à l’origine de l’engagement direct des forces américaines aux côtés de la Grande-Bretagne et de la France contre le Japon l’Allemagne et l’Italie, elles devraient avoir des profondes conséquences sur la politique des Etats-Unis et sans doute sur l’évolution même de la société américaine.

Accessoirement aussi, et alors que l’on s’interroge sur les auteurs de ces spectaculaires opérations et encore plus sur le ou les commanditaires, cette attaque -sans équivalent en temps de paix dans l’histoire moderne- illustre l’incapacité d’un Etat traditionnel -fut-il le plus puissant économiquement et militairement du monde- à se défendre contre une opération conduite par un groupe d’hommes déterminés, équipés, entraînés et affranchis de toutes lois.

Et, dans la perspective des conflits asymétriques du futur (opposant faible et fort), elle conduit à se poser la question de la sagesse qu’il peut y avoir à s’en remettre exclusivement à la technologie -un bouclier anti-missiles par exemple- pour se protéger des menaces que représenteraient des «Etats voyous».

Ces attaques concertées -sur New York et Washington et impliquant le détournement d’avions, semble-t-il sur l’aéroport de Boston, les cités du couloir nord-est sur l’Atlantique des Etats-Unis- constituent, notent les spécialistes, une opération complexe supposant un haut niveau de perfectionnement.

Outre les attaques elles-mêmes -dont les acteurs, en plus de la détermination et du fanatisme, devaient être des professionnels de l’action-, une opération combinée de cette ampleur suppose en effet une long travail de définition, d’identification des objectifs et de repérage.

Elle suppose aussi une logistique capable d’amener les hommes sur place et d’assurer leur vie quotidienne dans les jours précédant l’action sans attirer l’attention.

Elle nécessite ensuite, selon les mêmes spécialistes, une coordination absolue, et pas seulement pour le déclenchement de l’action -donner le «top-départ»- ce qui requiert un réseau de communication éprouvé.

Comme les historiens se demandent aujourd’hui pourquoi l’approche des «Zéros» japonais vers Hawaï n’avait pas été révélée par le système radar alors balbutiant, on ne peut aujourd’hui que s’interroger sur l’apparent échec des systèmes d’écoutes perfectionnés en tous genres de la puissante communauté américaine du renseignement à apprendre que «quelque chose se préparait».

Comme l’attaque de Pearl Harbor avait mobilisé l’ensemble de la machine industrielle de l’Amérique pour gagner la guerre, celle de mardi, estiment les spécialistes, va sans doute mobiliser les Etats-Unis afin qu’ils puissent faire face à ces nouvelles menaces.

Des menaces où l’ennemi n’a pas de division, n’est même pas clairement identifié et frappe au coeur des cités, dans des opérations dont l’impact n’est pas militaire mais politique et vise la société américaine elle-même.