International Correspondance particulière à nicosie

Pour une fois les élections chypriotes grecques réservent des surprises... Non seulement l'intransigeant Tassos Papadopoulos, le président sortant, a été évincé au premier tour des présidentielles, mais en plus c'est le chef du parti communiste chypriote grec Akel, Dimitris Christofias, qui l'a emporté dimanche avec une avance confortable de plus de 53 pc des voix contre 46 pour son malheureux rival, le conservateur Ioannis Kasoulides, l'ancien chef de la diplomatie, alors même que tous les sondages prédisaient une lutte au coude à coude.

Si les deux candidats en lice sont pour la reprise du dialogue avec la communauté chypriote turque, seul le communiste Dimitris Christofias s'était opposé en 2004 au plan de réunification de l'île proposé par l'Onu. À l'époque, son mot d'ordre était, "on est pour la réunification mais contre ce plan-là". Un message perçu cinq sur cinq par les Chypriotes grecs qui veulent maintenant plus que jamais la réconciliation, d'autant qu'ils sont en position de force comme membres de l'Union européenne (UE).

Un "progressiste"

Dimitris Christofias, 61 ans et actuel président du Parlement, inspire la confiance. D'aspect bonhomme, il ne peut renier ses origines ouvrières. Il tranche avec tous les autres candidats à l'aspect trop lisse. Et comme c'est la première fois dans l'histoire du parti communiste chypriote qu'un de ses dirigeants se présente et remporte une élection présidentielle, il n'a aucune casserole derrière lui.

Son parti, Akel, a souligné que Christofias n'est pas un stalinien mais un "socialiste progressiste". Hubert Faustmann, professeur de relations internationales à l'université de Nicosie, cité par l'AFP, le considère comme un "social-démocrate pragmatique". "Il n'est même pas anticapitaliste. Au début, il fera peut-être lever quelques sourcils à l'UE. Mais lui n'est pas ce qu'on peut avoir à l'esprit quand on entend le mot communiste", relève-t-il.

Durant sa campagne, Christofias s'est présenté comme l'homme qui pouvait "rapprocher" les deux principales communautés chypriotes grecque et turque, divisées par une ligne de démarcation depuis 1974, date de l'invasion du nord de l'île par l'armée turque. En votant dimanche, il a appelé "tous les Chypriotes turcs de bonne volonté à le rejoindre pour réunir le pays loin des interventions étrangères". Ce sera la seule référence à la ligne du parti.

Traditionnellement, l'Akel a toujours essayé de sortir des sentiers battus pour mettre en avant une coopération possible entre les deux communautés, même lorsqu'une telle position relevait de la haute trahison.

De plus, ligne internationale oblige, le parti communiste à toujours entretenu des liens privilégiés avec les syndicats du nord de l'île. Plusieurs délégations mixtes, menées par Dimitris Christofia, se sont rendues de multiples fois dans la "République turque du nord de Chypre" qui est uniquement reconnue par Ankara.

Sans l'appui de l'Eglise

Malgré l'opposition de l'église orthodoxe chypriote qui a fait campagne contre lui, le dirigeant communiste réformateur a clamé haut et fort que la première chose qu'il ferait serait justement de rendre visite à Mehmet Ali Talat, le dirigeant chypriote turc, dans sa maison de Kyrinia.

Une visite qui serait haute en symbolisme car Christofias est né à Kyrinia. Il fait partie des quelque 5000 réfugiés chypriotes grecs qui furent obligés en 1975 d'abandonner leurs maisons et de s'exiler vers le sud de l'île.