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Le chef du gouvernement socialiste espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, affaibli en Espagne par la crise, va prendre le 1er janvier la présidence tournante de l'UE et devrait en profiter pour essayer de redorer son blason. "Il n'a pas d'autre choix. C'est une opportunité en or pour récupérer des points dans les enquêtes d'opinion", a déclaré à l'AFP Fermin Bouza, professeur spécialiste de l'opinion publique à l'université Complutense de Madrid.

Le pensionnaire du palais de La Moncloa depuis 2004, réélu en 2008 pour quatre ans, compte briller à l'étranger. "La présidence (espagnole) va mettre Zapatero en valeur sur le plan international", assure une source proche du gouvernement.

Car en Espagne, la mauvaise situation économique lui rend la vie dure et met en difficulté le Parti socialiste (PSOE) au pouvoir, face aux conservateurs du Parti Populaire (PP). Selon un récent sondage du journal ABC, 53% des Espagnols jugent "mauvaise" ou "très mauvaise" la situation politique espagnole, contre 9% qui la considèrent "bonne" ou "très bonne".

Le PP arrive en tête des intentions de vote, avec 43,3%, devant le parti socialiste (38,1%), selon ce sondage réalisé du 11 au 18 décembre par l'institut DYM auprès de 1.038 personnes. L'économie espagnole est en récession depuis 2008 et le chômage a explosé, frappant 4 millions de personnes, avec un des plus forts taux de l'UE (17,9% au troisième trimestre). M. Zapatero, souvent critiqué pour sa gestion de la crise, a affirmé que "la reprise économique et celle de l'emploi (...) allaient être (un des) grands thèmes" de la présidence espagnole. Mais pour l'analyste Josep Ramoneda, le mal dépasse la simple récession.

Selon lui, "la crise coïncide avec la fin d'une étape politique: elle a été un élément-clé de la détérioration de l'image de Zapatero, mais c'est une détérioration qui va au-delà". Aux manettes depuis 2004, M. Zapatero pourrait être victime de l'usure du pouvoir et d'une déconnexion avec les réalités espagnoles. Un phénomène connu en Espagne sous le nom de "syndrome de la Moncloa".

Un des facteurs qui pourrait l'empêcher de remonter dans les sondages, c'est que les Espagnols, bien que plutôt europhiles, semblent peu concernés par l'UE. Ils sont 66,8% à juger "assez importante" ou "très importante" la présidence espagnole, mais 56,1% de la population s'estime "peu" ou "pas du tout" intéressée par les informations relatives à l'UE (sondage du CIS auprès de 2.490 personnes entre le 2 et le 9 novembre).

En outre, la nouvelle présidence permanente de l'UE, qui va rogner les prérogatives de la présidence tournante, risque de brouiller la vision de l'Europe en Espagne. "Il est évident que la présidence européenne est plus importante pour Zapatero que pour les Espagnols. C'est un phénomène courant", renchérit M. Ramoneda, évoquant le tournis provoqué par l'attention médiatique internationale et les photos aux côtés des grands de ce monde. Les poussées indépendantistes catalanes pourraient aussi provoquer de sérieuses migraines au pouvoir socialiste. Le pays est suspendu à une décision du Tribunal constitutionnel sur le statut de large autonomie concédé en 2006 à la riche région de Catalogne. S'il est revu à la baisse, une forte bronca va s'élever à Barcelone. Or, les socialistes ne disposent que d'une majorité relative au Parlement national et doivent constamment nouer des alliances. Ils risqueraient de s'aliéner de précieux alliés catalans comme les nationalistes de droite de CiU et les indépendantistes de gauche d'ERC.