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La visite du Premier ministre tchèque Petr Necas, cette semaine, sur les lieux d’un ancien camp nazi de Lety, à 70 km au sud de Prague, a relancé la colère des Roms. Cet hommage des autorités aux victimes roms durant la Seconde Guerre mondiale, a relancé la polémique sur une porcherie, construite sur le site depuis les années 1970, et dont la communauté rom exige, en vain, la fermeture.

Entre 1940 et 1943, les nazis et leurs collaborateurs tchèques ont emprisonné 1 308 Roms tchèques dans ce camp, dirigé par un commandant tchèque et ses gardes. Quelque 327 Roms y sont morts, dont 241 enfants, alors que plus de 500 personnes y ont transité vers le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau aménagé dans le sud de la Pologne par l’occupant allemand.

Entre 1972 et 1976, le régime communiste au pouvoir dans l’ex-Tchécoslovaquie a construit sur le site de ce camp une porcherie gérée aujourd’hui par une société privée. Les tensions entre les Roms et le gouvernement de Prague concernant ce site sont récurrentes depuis près de vingt ans.

Lundi, les Roms ont boycotté une cérémonie organisée à Lety avec la participation du chef du gouvernement de centre droit, destinée à honorer les victimes roms des nazis. "Notre objectif principal est d’obtenir le déplacement de cette porcherie de l’endroit où notre peuple a été tué à cause de sa race", explique Cenek Ruzicka, chef du Comité de recours du génocide des Roms.

"Vous ne trouverez nulle part ailleurs dans le monde une situation aussi aberrante. On ne construit pas de porcherie dans un endroit pareil", s’insurge-t-il. "C’est aux responsables politiques de décider où la porcherie doit être installée", ajoute-t-il, rappelant que le gouvernement a promis à de nombreuses reprises de trouver une solution mais qu’il n’y a jamais donné suite.

Pour Jarmila Balazova, une journaliste rom, les responsables politiques "n’ont même pas la volonté d’adopter une position claire sur la question". "La minorité rom est considérée comme une des pires et la plus problématique qui soit, ce qui se traduit dans la position du gouvernement", dit-elle.

Le Parlement européen a appelé les Tchèques à déplacer cette porcherie, en 2005 puis en 2008. L’ancien président Vaclav Havel avait inauguré en 1995 un monument aux Roms à proximité du camp de Lety, mais plus aucun leader n’y était venu jusqu’à la visite lundi du Premier ministre.

Dans un discours prononcé à cette occasion, Petr Necas a dénoncé le génocide des Roms, mais a affirmé que le gouvernement n’avait pas les moyens de racheter la porcherie pour la déplacer. "Le fait qu’il ait été le premier leader du pays à se rendre à Lety depuis 17 ans montre bien qu’il n’y a aucune volonté politique de régler l’affaire", estime Balazova.

Selon Cenek Ruzicka, il en coûterait environ 300 à 500 millions de couronnes (12 à 20 millions d’euros) pour détruire la porcherie de Lety et en construire une autre ailleurs en compensation. "Les responsables politiques savent que le gouvernement qui déciderait de le faire, chuterait lors des prochaines élections. Le montant à débourser n’est pas acceptable pour le public", estime-t-il. "Il y a 5 ans, nous avons proposé que le gouvernement crée un fonds et le laisse prospérer pendant 5 ou 6 ans, jusqu’à ce qu’il permette de racheter la porcherie", a-t-il ajouté, regrettant que cette proposition n’ait pas été retenue.

La porcherie a été construite sur un champ attenant au site de l’ancien camp dont il ne reste aucune trace, fait remarquer Jiri Leskovec, directeur de la société Agpi qui exploite aujourd’hui cette ferme d’une capacité de 13 000 cochons. En 2009, le précédent gouvernement avait racheté un centre de loisirs à Hodonin (centre) installé sur l’emplacement d’un autre camp où 194 Roms avaient péri pendant la guerre, pour le transformer en mémorial. Sur 9 500 Roms tchèques recensés avant la guerre, moins de 600 sont revenus chez eux après le génocide.