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Andrea est généraliste dans une polyclinique de Bratislava, la capitale slovaque. Agée d’une quarantaine d’années, elle est très en colère contre le système de soins de son pays, gratuit mais en piteux état, contre la corruption de certains médecins qui privent les hôpitaux d’argent frais, contre les salaires de misère des soignants. "Vous vous rendez compte que je suis toujours aidée financièrement par mes parents !"

Andrea n’est pas la seule à se plaindre en Slovaquie, alors que ce petit pays d’Europe centrale prend ce 1er juillet la présidence tournante de l’Union européenne.

Chômage et inégalités

En 2011, des milliers de médecins ont manifesté leur mécontentement contre le gouvernement. Plus récemment, ce sont les infirmières, et ensuite les enseignants, qui ont démissionné en masse pour dénoncer le mépris dont ils sont victimes de la part des autorités et le manque de moyens alloués. "Je me souviens de mon premier jour au lycée : j’avais une vieille table et une chaise, ni crayons, ni papier, ni imprimante. Et les deux ordinateurs de la salle des profs ont mis vingt minutes à s’allumer" , raconte Jana, une enseignante âgée de 28 ans.

Sur le papier, la Slovaquie jouit d’une belle ascension économique. Le taux de chômage vient de passer sous la barre des 10 %, la croissance est supérieure à 3 %, et l’équilibre budgétaire pourrait être atteint en 2019. Sur les rives du Danube, les Slovaques de la haute société et les expats, qui travaillent essentiellement pour PSA, Kia, Volkswagen ou pour Dell, Lenovo et IBM, se prélassent sur des canapés lounge, un cocktail à la main au coucher du soleil.

Mais en réalité, les Slovaques sont nombreux à ne pas goûter aux fruits de la croissance. Certains pensaient, naïvement, "qu’après la chute du communisme, des colombes grillées leur tomberaient dans la bouche" , comme l’explique l’historien Joseph Rydlo. Las, le salaire moyen ne dépasse guère 900 euros, les Roms ont encore toutes les peines du monde à s’intégrer (environ 40 % d’entre eux vivent dans une grande pauvreté et leur taux de chômage est sept fois plus élevé que la moyenne), et les campagnes se vident de leurs habitants. "Les jeunes ruraux partent en ville ou à l’étranger et ne reviennent jamais" , se désole Marta Bujnakova, porte-parole de l’Association des villes et des villages slovaques.

Des scandales de corruption