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Les républicains de la Chambre des représentants américaine ont choisi l'épreuve de force samedi sur le budget, défiant Barack Obama et les démocrates à seulement trois jours d'une éventuelle fermeture de l'Etat fédéral, qui apparaissait de plus en plus probable.

John Boehner, le président de la Chambre à majorité républicaine, a annoncé samedi après une réunion de son groupe qu'il rejetait le projet de loi de finances adopté vendredi par le Sénat, contrôlé par les démocrates.

A la place, la Chambre votera plus tard samedi sur un projet finançant l'Etat fédéral jusqu'au 15 décembre, retardant d'un an la pleine mise en place de la réforme du système de santé du président Barack Obama et annulant une nouvelle taxe sur les équipements médicaux.

Une mesure distincte devrait être adoptée pour garantir aux militaires qu'ils seront payés dans l'éventualité où le Congrès ne parviendrait pas à un accord.

"Nous allons faire notre travail et envoyer (au Sénat) ce texte, et il reviendra au Sénat de l'adopter pour éviter une fermeture de l'Etat fédéral", a déclaré John Boehner.

La loi sur la santé oblige tout Américain à souscrire à une couverture maladie à partir du 1er janvier 2014, une obligation contestée par les républicains qui ont tenté plus de 40 fois, en vain, d'abroger la loi votée en 2010 et validée par la Cour suprême. Les personnes actuellement non assurées pourront s'inscrire à partir du 1er octobre pour bénéficier d'une assurance santé subventionnée par l'Etat fédéral.

Stratégie de la corde raide

Les représentants proches de la mouvance ultra-conservatrice du Tea Party se sont déclarés satisfaits de la stratégie de la corde raide adoptée samedi. "C'est exactement ce que nous voulions", a dit Raul Labrador aux journalistes. Le chef de la majorité démocrate du Sénat "Harry Reid fermera l'Etat s'il n'accepte pas cette solution plutôt raisonnable".

Mais Harry Reid et les démocrates ont prévenu vendredi, après avoir adopté leur propre version de la loi budgétaire, que tout texte qui saperait la loi sur la santé serait rejeté d'emblée par le Sénat. M. Reid avait ensuite ajourné le Sénat jusqu'à lundi après-midi.

Les sénateurs pourraient être rappelés en session dimanche, mais aucun camp n'a avancé de scénario dans le cas probable où la chambre haute rejetterait le nouveau texte républicain.

Vendredi, le président Barack Obama avait accusé ses adversaires d'intransigeance, en désignant les "extrémistes du Congrès".

Les démocrates ont immédiatement accusé samedi les républicains de vouloir provoquer la fermeture des agences fédérales. Celles-ci s'apprêtaient à ordonner la mise en congés sans solde de tout leur personnel non essentiel à partir de mardi 1er octobre, début de l'exercice budgétaire 2014, à moins d'un vote de chacune des deux chambres d'ici lundi soir.

Une impasse conduirait à la fermeture de tous les parcs et musées du pays et à la réduction au minimum vital des effectifs des administrations. Des centaines de milliers de fonctionnaires se retrouveraient en congés sans solde.

Les économistes estiment qu'une fermeture prolongée des agences fédérales aurait un impact négatif sur la croissance du dernier trimestre 2013.

"Les dirigeants républicains de la Chambre ont complètement abdiqué leurs responsabilités face aux demandes de rançon du Tea Party", a déclaré Nancy Pelosi, la chef des démocrates de la Chambre. "Les républicains ont dit ce qu'ils avaient à dire, maintenant il faut y mettre un terme. Ils doivent abandonner cette voie dangereuse vers une fermeture de l'Etat causée par les républicains", a-t-elle insisté.

Le démocrate John Lewis, à l'image de ses collègues, a prédit que la tentative républicaine échouerait: "Les démocrates du Sénat ne l'accepteront jamais", a-t-il dit à l'AFP. Selon ce vétéran des batailles budgétaires, "on n'a jamais été aussi proche d'une fermeture".