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Manuel Valls boucle sa première semaine pleine à Matignon, placée sous le sceau de "l'efficacité" et d'une communication effrénée, ternie par la nomination polémique d'Harlem Désir au gouvernement.

Quand François Hollande a nommé à Matignon le 31 mars son populaire ministre de l'Intérieur, il lui a donné pour consigne de "faire du Valls" et de trancher ainsi avec son prédécesseur, Jean-Marc Ayrault, jugé peu autoritaire et pas assez présent dans les médias. Le message a été entendu par l'intéressé, à qui Matignon avait déjà failli échoir en novembre et qui connaît bien la maison pour y avoir travaillé sous Michel Rocard (1988-91) puis sous Lionel Jospin (1997-2002). "La tonalité, c'est 'maintenant, il y a un pilote dans l'avion'", résume un ténor de la majorité.

Martelant son credo de "l'efficacité", notamment lors de sa déclaration de politique générale, M. Valls a lancé la chasse à ces boulettes qui ont tant pollué les deux premières années du quinquennat et sapé la crédibilité de la majorité. Jeudi, lors de son premier déplacement en tant que chef du gouvernement, sur un site de Thales, M. Valls a confirmé avec humour cette volonté en demandant à l'équipementier de défense de concevoir un "logiciel anti-couacs".

Casser son image

M. Valls s'est aussi employé à casser son image d'homme politique solitaire et ambitieux en mettant en valeur le rôle du Parlement. Il a ainsi assisté à la conférence des présidents de groupe mardi matin, avant d'aller à la réunion du groupe PS. Le Sénat n'est pas délaissé: M. Valls y a fait mercredi une sorte de déclaration de politique générale "bis". Le lendemain, il y a à nouveau pris la parole à plusieurs reprises lors de la séance des questions d'actualité.

L'ancien cinquième homme de la primaire PS dispose d'encore peu de fidèles au Parlement. "Il va être obligé de construire une visibilité devant le groupe", confirme un député. La nomination d'un de ses proches, Jean-Marie Le Guen, au secrétariat d'Etat aux Relations avec le Parlement devrait l'y aider.

"Il a des tas de défauts mais deux qualités: il fait de la politique en permanence et il dit les choses", décrit un parlementaire. M. Valls veut ainsi créer les conditions de véritables débats politiques au sein du gouvernement, même si in fine l'arbitrage sera rendu par lui ou le chef de l'Etat. "Il re-politise le dispositif, qui était complètement dépolitisé"

Maîtriser sa communication

"Faire du Valls", c'est aussi et avant tout maîtriser la communication du gouvernement jusque dans les moindres détails, comme laisser ouvertes en permanence les portes de Matignon ou être sans cesse en mouvement. M. Valls fera ainsi lundi son premier déplacement à l'étranger avec une visite à Berlin à l'invitation du SPD.

"C'est un type qui avance, incapable de s'arrêter, soucieux de l'image qu'il renvoie mais pas narcissique", estime un député. Comme sous Nicolas Sarkozy, les chaînes d'information sont à l'honneur avec plusieurs courtes interviews "exclusives" depuis dix jours. Elles lui ont souvent permis de dévoiler son agenda du lendemain qui n'est pas encore communiqué par ses services.

"Là où il ressemble bien à Sarkozy, c'est que tous deux appartiennent à une génération de l'image (...) alors que François Hollande n'est même pas arrivé à l'ORTF", ironise un député socialiste. La communication des ministres apparaît aussi mieux cadrée et les images d'un gouvernement "compact" sont pensées, à l'instar de ce départ de Matignon en bus en direction du Sénat des quatorze nouveaux secrétaires d'Etat, arrivés une heure avant dans des voitures séparées.

Seule la nomination polémique d'Harlem Désir aux Affaires européennes pour laisser la place à la tête du PS est venue pour l'instant ternir ces premiers pas, obligeant le Premier ministre à monter au créneau pour justifier ce choix.

M. Valls, toujours haut dans les sondages, devra aussi composer avec la volonté du chef de l'Etat, actuellement au Mexique, de reprendre ses déplacements en province et de s'adresser bientôt aux Français.