International  Sur le front kurde, les peshmergas sont en première ligne pour juger de l’aptitude au combat des djihadistes. "La Libre" est allée les interroger. Ils évoquent chez Daech l’usage des voitures suicide, la présence de snipers étrangers et une prédilection pour attaquer de nuit ou lorsqu’il pleut.
Reportage : Christophe Lamfalussy (textes) et Olivier Papegnies (photos), envoyés spéciaux en Irak et en Syrie. 

Ce que redoutent le plus les peshmergas ne sont pas les jours de chaleur, mais les jours de pluie. C’est alors que Daech attaque, parfois entre chien et loup, souvent pendant la nuit.

"Dans la journée, Daech nous tire dessus avec du mortier et parfois avec des snipers. C’est très dangereux pour nous. Mais quand il pleut, qu’il y a des nuages ou qu’il fait nuit, ils attaquent directement la ligne de front ", explique le commandant des peshmergas à Sinjar, le général Ayad Hosin Doski.

Sur des centaines de kilomètres, tant en Irak qu’en Syrie, les peshmergas ont dressé un remblai qui les protège des attaques. Une bande de trente mètres est balayée par des spots pendant la nuit tandis que des soldats montent la garde dans des postes d’observation tous les 2 à 400 mètres.

Des véhicules bourrés d’explosifs

Pourtant, ce dispositif n’a pas empêché jusqu’à 500 djihadistes de lancer une attaque coordonnée le 16 décembre avant la tombée de la nuit dans la plaine de Ninive, de créer une brèche et d’attaquer au mortier un camp d’entraînement de l’armée turque. Des bulldozers, des pick-ups surmontés de mitrailleuses et des voitures suicides ont été utilisés par Daech.

Il a fallu l’intervention des avions de la coalition internationale - américains, britanniques, canadiens et de deux autres pays - pour venir à bout de cette offensive, la plus importante depuis la capture de Ramadi par Daech en mai 2015. Près de 200 djihadistes ont été tués, selon le colonel Steve Warren, porte-parole du Pentagone.

Pour guider les avions de la coalition, les peshmergas envoient les coordonnées GPS des cibles à un centre opérationnel qui lui-même se met en rapport avec le centre de commandement d’al-Udeid au Qatar.

Mais la coalition prend de grandes mesures de sécurité pour ne pas frapper les civils. " Hier, on a demandé un appui aérien" , explique le général Tarik Harini, en poste sur la ligne de front à hauteur d’al-Koch en Irak. " Ils sont arrivés avec une heure de retard, ont survolé pendant une demi-heure, puis sont repartis." Sur ce front-là, où il n’y a que 3,8 km entre les positions kurdes et djihadistes, les peshmergas ne font pas de quartier : toute voiture ou camion civil arrivant du front est immédiatement visé. " Les civils ont depuis longtemps compris qu’ils ne peuvent pas passer par ici ", assure un soldat.

© Olivier Papegnies
(Le soir, les démineurs ramènent du front des explosifs rudimentaires)

Des snipers tchétchènes

Les avis divergent sur la qualité des combattants de Daech. Certains raillent le manque de stratégie du groupe et l’utilisation désespérée de kamikazes ou de voitures suicide. Mais d’autres soulignent leur aptitude au combat, surtout dans le chef des combattants étrangers.

" Ce sont de très bons combattants ", estime un milicien syriaque, en poste au sud de Shaddadeh en Syrie. " Ils ont développé leurs techniques durant cette guerre. Par exemple, ils placent une mine sur l’autre, de telle façon que la seconde explose quand on désamorce la première. Ils ont aussi des snipers libyens, tchétchènes, tunisiens qui sont très bons. "

Les frappes aériennes aident les peshmergas car, en explosant, les bombes déminent le terrain, permettant aux Kurdes et à leurs alliés d’avancer sur le terrain. Grâce à cette technique, les Kurdes de Syrie ont pu avancer jusqu’à 5 km par jour dans la région de Shaddadeh.

En plus de fusils de précision, Daech dispose de vieilles mitrailleuses russes BKC et, antiaériennes, Douchka.

En attendant la bataille de Raqqa

Selon l’institut HIS Jane’s basé à Londres, l’Etat islamique a perdu 14 % de son territoire au cours de l’année 2015. D’ores et déjà, on parle sur le front de la prochaine bataille, celle de Raqqa, le QG de Daech en Syrie.

" Les combattants étrangers ont ramené leurs femmes à Mossoul, en Irak", raconte Gabriel Kino, porte-parole du Conseil militaire syriaque, l’une des composantes des Forces démocratiques syriennes (FDS). " Aujourd’hui nous nous battons à Shaddadeh. Al-Raqqa sera probablement en février. Il faut que les gars se reposent un peu. Une attaque à Raqqa demande plus de planification et de coordination."

Les forces kurdes syriennes (YPG) ne sont qu’à 19 km au nord de Raqqa. La prise de Sinjar a coupé à Daech la route principale reliant Raqqa à Mossoul. Des unités kurdes irakiennes (peshmergas) et turques (PKK) y ont pris position, à 200 km de Raqqa. Dans l’attente de cette bataille, c’est l’armée irakienne qui prend l’initiative. Elle a lancé mardi une offensive pour reprendre à Daech le centre de la ville de Ramadi.