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Le voyage que poursuit ce vendredi, à Bruxelles, le Premier ministre chinois Wen Jiabao, en dit autant par ses étapes que par les destinations qu’il évite. Pour ce périple qui lui fait visiter cinq capitales européennes et Davos en moins d’une semaine, M. Wen a, en effet, soigneusement choisi de bouder Paris.

Après des débuts en fanfare, qui avaient vite fait oublier le discours militant du candidat à l’élection présidentielle sur les droits de l’homme, la France de Nicolas Sarkozy a vu ses relations politiques avec la Chine plonger à leur plus bas niveau depuis la crise de Tian’anmen en 1989. Le passage chahuté de la flamme olympique à Paris avait jeté un premier froid, que l’Elysée avait tempéré en envoyant dare-dare à Pékin le président du Sénat, Christian Poncelet, pour présenter des excuses.

Si, devenu président en exercice de l’UE, Nicolas Sarkozy s’était bel et bien rendu à la cérémonie d’ouverture des JO, il avait entretenu à ce sujet un faux suspense - faux, mais désobligeant pour le gouvernement chinois qu’il avait ainsi passablement agacé. Le Président avait consommé la rupture en décidant, malgré les protestations de Pékin, de rencontrer le Dalaï-Lama lors d’un voyage en Pologne, rencontre qui avait conduit les Chinois, outrés, à demander le report sine die du sommet sino-européen prévu à Lyon, le 1er décembre dernier.

Un gros impact

Cette manifestation de mauvaise humeur ne pouvait, cependant, résister longtemps aux effets de la récession mondiale. En participant au forum économique mondial de Davos, mercredi, Wen Jiabao a reconnu que la crise économique avait "un gros impact" sur la Chine. Et si le chef du gouvernement chinois caresse malgré tout l’espoir d’une croissance de 8 pc en 2009, l’année s’annonce très difficile, avec des milliers de fermetures d’entreprises enregistrées ou redoutées.

Dans ce contexte, Pékin ne peut pas se payer le luxe d’ignorer davantage l’Europe. Les Vingt-sept sont, selon que les statistiques sont chinoises ou européennes, le premier ou le deuxième partenaire économique de l’Union avec des échanges qui ont dépassé, en 2008, les 300 milliards d’euros.

Que les réalités économiques dictent la marche de la diplomatie chinoise, M. Wen en a fourni la preuve en s’arrêtant jeudi à Berlin. Il y a rencontré les milieux d’affaires, tout en s’entretenant longuement avec Angela Merkel. La chancelière, qui, née dans l’ex-Allemagne de l’Est, sait ce que communisme veut dire, est pourtant l’une des voix les plus critiques en Europe sur le chapitre des droits de l’homme et elle n’a pas manqué de rappeler à son hôte le souhait du gouvernement allemand de voir reprendre au plus tôt le dialogue entre les autorités chinoises et le Dalaï-Lama.

Si le Premier ministre s’est résigné à écouter cette leçon, c’est que l’Allemagne représente, à elle seule, non seulement près de la moitié des exportations de l’UE vers son pays, mais surtout plus d’un cinquième des importations européennes de produits chinois. Une fermeture du marché allemand serait catastrophique pour l’économie chinoise et M. Wen a dû être bien aise d’entendre Mme Merkel lui dire que "le protectionnisme ne pouvait en aucun cas être une réponse à la crise", malgré un déficit abyssal de 25 milliards d’euros au détriment des Allemands en 2007. La signature d’une série d’accords bilatéraux l’aura spécialement réjoui.

Wen Jiabao s’arrête ce vendredi à Bruxelles pour des entretiens avec la Commission européenne. Il se rendra ensuite à Madrid, puis à Londres, où le recevra lundi le Premier ministre, Gordon Brown. L’Espagne et la Grande-Bretagne sont eux aussi des partenaires économiques importants pour la Chine. Ce sont aussi des destinations de choix pour les immigrants chinois, légaux ou non.

Et le nouveau traité ?

A Bruxelles, le haut représentant de l’UE, Javier Solana, doit redire à M. Wen l’importance que les Européens attachent à la programmation d’un nouveau sommet et à la dynamique qui, enclenchée en janvier 2007, doit aboutir à la conclusion d’un accord de coopération et de partenariat censé remplacer l’accord de mai 1985. Et si la tension reste perceptible, le Premier ministre chinois pourra réconcilier ses hôtes en leur apprenant que l’allemand et le français comptent désormais parmi les dix études universitaires les plus populaires dans son pays.