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L’image a été vue sur papier glacé et diffusée dans les médias à de multiples reprises. La faim touche des millions de personnes sur terre. Les 27 élèves de l’Institut Emile Gryzon s’en émouvaient-ils avant de prendre dans leurs bras cet enfant de 7 mois dont le poids ne dépasse pas 3 kg ? Pas vraiment. Mais ça, c’était avant… Avant qu’ils ne voient de leurs propres yeux les nombreux et cruciaux domaines d’actions dans lesquels la Croix-Rouge Burundaise est active, à l’instar du tissu dense d’organisations non gouvernementales présentes sur le sol burundais, “auxiliaires indépendants” d’un Etat aux capacités institutionnelles limitées, et trop faible pour subvenir aux besoins de l’ensemble de ses citoyens avec des services de bases.

Les chantiers sont innombrables dans ce minuscule pays de la région des Grands Lacs dont le développement humain, illustrant les “écarts de bien-être” entre les Etats, se situe bien en dessous de la moyenne régionale, déjà faible (il prend en compte le revenu, l’éducation et la santé). Les chiffres concernant la sécurité alimentaire illustrent l’état de précarité des 9 millions d’habitants : 69 % des ménages sont en situation d’insécurité alimentaire et 58 % des enfants souffrent de la malnutrition chronique. Pourtant, l’agriculture constitue presque l’unique ressource et l’économie de tout le pays en dépend. En conséquence, la faible espérance de vie : elle atteint à peine 50 ans, selon les derniers chiffres donnés par le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement).

Devant l’instabilité politique, devant la faiblesse économique et financière de l’Etat et ce malgré une croissance économique de 4 % en 2012, le réseau d’ONG, s’inspirant des politiques publiques, adapte ses projets aux besoins de la population.

“La démographie est une richesse et une charge”

La malnutrition est le fait de la pauvreté et de l’ignorance de ce qu’est une alimentation équilibrée. Malgré ces facteurs, un autre frein au développement et au bien-être demeure central : celui de la surpopulation.

Alors que les pays occidentaux connaissent globalement un vieillissement de leur population, la pyramide des âges des pays d’Afrique centrale est dominée par les plus jeunes. Le Burundi pourrait-il trouver dans la jeunesse de sa population une force de développement ? Oui et non. “La surpopulation sur des terres exiguës qui ne produisent pas assez pour les familles nombreuses est la première cause de la malnutrition”, explique René Nyamutama, responsable du centre de formation de lutte contre la malnutrition de Ngozi tenu par la Croix-Rouge. L’indice de fécondité est de 6,2 enfants par femme en moyenne et dans certaines zones, on atteint 450 habitants/km². “Il est dès lors primordial d’espacer les naissances”, complète Judith, formatrice et spécialiste dans ce même centre.

L’utilisation des moyens de contraception et l’abstinence, prônées par le gouvernement comme par les ONG, se heurtent cependant aux dogmatismes religieux. “La sensibilisation rencontre le désaveu des croyances. Les institutions religieuses, proches des citoyens, pèsent lourd dans le refus des gens à suivre nos conseils. Pourtant, il faut qu’ils changent leur comportement”, explique Anselme Kayunguruza, Secrétaire général de la Croix-Rouge du Burundi (CRBu). Dans ce domaine comme dans d’autres, de nombreuses adaptations sont de rigueur pour s’inscrire sur le chemin d’un développement au bénéfice de tous.

Des vulnérables agissent pour les plus vulnérables

Certes, la gratuité de l’éducation fondamentale et celle de l’accès aux soins de santé pour les moins de 5 ans et pour les femmes enceintes sont effectives depuis quelques années. Pour autant, ceci est encore insuffisant pour pallier les manques. “J’ai encore plus de 100 élèves dans ma classe”, s’amuse d’ailleurs cet enseignant de Muramvya.

La solidarité entre les individus joue dès lors un rôle primordial. Les ONG l’ont bien compris et étoffent leurs réseaux de volontaires.

Dans l’unité collinaire de Chamougani comme dans n’importe laquelle des autres unités que constituent les 2800 collines du pays, des dizaines de volontaires de la Croix-Rouge se mobilisent pour prêter main-forte à ceux qui sont… encore plus vulnérables qu’eux. Ils sont actuellement environs 450.000. “Les volontaires dépassent leur degré de misère pour venir en aide aux plus vulnérables”, se réjouit Alexis Manirakiza, chef du département communication de la CRBu.

Le constat est clair et réjouissant : “On est toujours capable de quelque chose”, quel que soit son degré de vulnérabilité. Comme Thérèse, vingt ans, qui “par foi chrétienne” aide à la construction de briques et de tuiles depuis près de 2 ans déjà. Il est central de “stimuler les capacités propres des Burundais et du Burundi”, plaide avec vigueur Anselme Kayunguruza selon qui “les Burundais, trop longtemps tributaires de l’aide étrangère, n’ont pas conscience de leur potentiel”.

Cet apport de l’étranger est conséquent : il équivaut à pratiquement la moitié du PIB.

Et l’Etat, dans tout ça ?

La relative absence de l’Etat, ce “n’est pas de la mauvaise volonté politique”, tient à préciser Béatrice Bayosabe, ancienne journaliste. “L’Etat est pauvre. Il nous aide comme il le peut”, renchérit Alexis Manirakiza, lui-même dépité par le coût de la vie par rapport au salaire moyen. Mais le manque d’efficacité et d’efficience est encore réel. Au-delà de la mauvaise gestion, la corruption demeure une réalité.

Pour Anselme Kayunguruza, “les politiques ne sont pas vraiment au courant de ce qui se fait sur le terrain, au niveau des communautés”. Une anecdote illustre cela à merveille : “Ca, il fallait y penser. Nous devrions en faire la promotion !”, lâchait un député national, alors qu’il découvrait un jardin de cuisine (potager)… mis sur pied dans les ménages les plus vulnérables des 2800 collines de son pays depuis un certain temps déjà.