La personnalité Réfugié en Suède, vendeur de canettes puis cycliste professionnel. Récit du parcours atypique qui a mené Awet Gebremedhin jusqu’au Tour d’Italie.

Ce n’est évidemment pas LE coureur qui capte les regards au Tour d’Italie cycliste. De tous les participants, c’est pourtant celui qui a le parcours le plus atypique. Réfugié en Suède, vendeur de canettes puis cycliste professionnel, son itinéraire fait la force d’Awet Gebremedhin, cet Érythréen actuellement 169e (sur 172 coureurs) du Giro.

Roulant pour l’équipe Israel Cycling Academy (ICA), il pointe déjà à plus d’une demi-heure du leader. Mais à 27 ans, sa seule présence dans le peloton est déjà pour lui une belle victoire. "Je vais aborder le Giro comme si c’était une course normale. On ne sait jamais ce qui peut arriver", confiait-il avant le départ samedi à Bologne.

Sa passion pour le cyclisme naît quand son père lui achète son tout premier vélo. Il a 12 ans et 15 kilomètres séparent son village natal, Kakebda, de son école. Très vite, ses qualités sont remarquées et il devient cycliste amateur. En 2013, il se rend en Italie et participe à Florence aux championnats du monde espoirs. Mais plutôt que de rentrer en Érythrée, il se réfugie en Suède où vivent de nombreux compatriotes. Cloîtré dans la maison d’un ami de peur de se faire expulser, il attend que l’Office des migrations lui accorde l’asile. "Je dormais très peu, moins de quatre heures par nuit, et je stressais beaucoup", raconte-t-il.

La Suède lui accorde le statut de réfugié en 2015. Il se met alors à récupérer et recycler des bouteilles consignées pour s’acheter un nouveau vélo. Il finit par reprendre les courses en amateur. Et, en 2018, le team ICA l’engage puis le promeut chez les professionnels.

Il ne participe pas au Giro 2018. "C’était trop tôt pour lui. Mais cette année, il est prêt. Il a plus d’expérience", explique son directeur sportif. Pour Awet Gebremedhin, ce premier grand tour est l’opportunité de se faire enfin une place parmi l’élite. "C’est un rêve devenu réalité, Quand on a été au fond du trou comme moi, c’est incroyable de se retrouver là". Courant sous les couleurs de l’Érythrée, il est également très fier de représenter la Suède, où il vit depuis six ans. "J’espère avoir la nationalité suédoise un jour. […] J’y suis vraiment heureux, et toutes les opportunités que j’ai eues, c’est grâce à la Suède."