Planète

Les habitants de ces zones forestières très enclavées ne bénéficient pas de l’attention de l’Etat. Ils marchent quinze jours dans la forêt inondée quand ils veulent vendre du gibier à la ville. Voire traversent le pays à moto pour des biens de consommation. Les ONG peinent à les inclure dans leurs dispositifs de protection des forêts.


En lingala, langue du nord-ouest du Congo-Kinshasa qui s’est répandue dans tout l’ouest de l’ancienne colonie belge pour en devenir la lingua franca, "hier" et "demain" se traduisent par un seul et même mot : "lobi". Pour les habitants de la Tshuapa, une province de cette région, "l’avenir, c’est le passé : vivre comme on a toujours vécu", explique à "La Libre Belgique" Theodore Trefon, chercheur au Musée royal d’Afrique centrale de Tervuren (1), de retour de voyage dans cette province forestière (2) et sa voisine, l’Equateur.

Un des endroits les plus pauvres du pays

"C’est un des endroits les plus pauvres du pays, ce qui n’empêche pas ses habitants d’être chaleureux, accueillants et généreux. Tout est délabré. Les gens n’ont rien. Peu de matériel et peu de vêtements; ceux qu’ils portent sont de seconde main, fanés et usés jusqu’à la corde. Je ne l’ai pas vu mais on m’a dit que certains en sont démunis et doivent, pour sortir de leur village, louer des vêtements. Les enfants ne portent pas de chaussures", décrit le chercheur.

"Il n’y a pas de routes et à peine des sentiers parce qu’on est en forêt inondée. On circule à moto, à vélo, en pirogue et à pied; parfois, une vieille carcasse de voiture montre qu’il y a eu une route dans le passé. S’ils veulent vendre du gibier sur un marché urbain, cela ne leur fait pas peur de marcher deux semaines. Un commerçant n’hésite pas à faire plus de quinze jours de moto pour ramener des biens de consommation de Butembo (Nord-Kivu, à l’est du Congo ). Moi j’ai circulé beaucoup à moto et les pistes sont si boueuses qu’on ne fait pas plus de 20 à 25 km/h. Ils sont terriblement enclavés. Peu d’argent circule et les gens utilisent de toutes petites coupures qu’on ne voit plus à Kinshasa", souligne Theodore Trefon.