Planète L’homme la scrute depuis des millénaires, elle fait partie de notre décor quotidien, c’est le seul corps céleste, hormis la Terre, où l’être humain a mis le pied, et pourtant, elle recèle encore des surprises. La Lune, cette dernière semaine, a bouleversé, à plusieurs reprises, nos certitudes scientifiques. Ce qu’on croyait savoir sur notre satellite naturel ne se montre finalement plus si certain… 

1. La Lune est plus âgée qu’on ne le pensait. La Lune affiche au compteur 40 à 140 millions d’années de plus que les scientifiques l’avaient jusqu’ici estimé. Notre satellite naturel serait précisément âgé de 4,51 milliards d’années. L’âge de la Lune a toujours été chaudement débattu. Les études se basent sur les échantillons lunaires ramenés des missions Apollo. Problème : les échantillons de rochers lunaires sont souvent contaminés en surface par des collisions avec des micrométéorites, les rayons cosmiques, voire les astéroïdes. C’est donc un patchwork de différents rochers ! Les chercheurs de l’Université de Californie à l’origine de l’étude ont eu la bonne idée d’utiliser 8 zircons (un type de minéral) dans une condition parfaite. "Le zircon est la meilleure horloge de la nature , juge Kevin McKeegan, l’un des chercheurs. Ce sont les meilleurs minerais pour préserver l’histoire géologique et révéler leur origine. " On sait donc à présent que la Lune date de "seulement" 60 millions d’années après la naissance du système solaire. Une information capitale pour mieux étudier l’évolution de la Terre et du système solaire.

2. La cause de sa formation est remise en question. C’est sans doute difficile à imaginer, mais notre Terre a autrefois "vécu" sans sa Lune, puisque celle-ci s’est formée 60 millions d’années après la naissance du système solaire. Mais comment donc est apparue cette Lune ? Jusqu’ici, le scénario le plus largement accepté dans la communauté scientifique était celui de "l’impact géant". C’est-à-dire celui d’une collision entre une planète de la taille de Mars et notre Terre, dans un environnement chaotique où rien n’est encore stabilisé et où errent ici et là des ébauches de planètes. A la suite de ce choc phénoménal, les morceaux en résultant - provenant tant de la Terre que de la planète - se retrouvent en orbite autour de la Terre, puis finissent par s’agréger, formant la Lune. Une équipe de chercheurs israélienne vient de proposer un autre scénario : pour eux, de multiples impacts de minicorps célestes sur notre planète pourraient être à l’origine de la formation de la Lune. Les chercheurs ont créé, par simulation numérique, près d’un millier de collisions entre une proto-Terre (nom donné au premier stade géologique de la Terre) et des planètes embryonnaires, plus petites que Mars. Ils ont constaté que chaque collision de ce type entraînait la formation d’un disque de débris autour de la Terre. Les morceaux se compactent ensuite pour former une mini-lune. Si le phénomène se répète, plusieurs mini-lunes se créent qui, assemblées, peuvent donner "notre" Lune. Cela résout un gros problème : les analyses de roches lunaires montrent en effet que leur composition chimique est quasi identique à celle de la Terre. Ce qui ne cadre pas avec le modèle à une seule collision, où la Lune est en grande partie "fabriquée" avec la "matière" de l’impacteur. A l’inverse, davantage d’impacts permettent "d’arracher" plus de roches à la Terre. "Au début du système solaire, les collisions étaient très courantes, il est donc plus naturel que plusieurs impacteurs assez communs soient à l’origine de la Lune plutôt qu’un seul ", ajoute le chercheur Raluca Rufu, un des auteurs de l’étude. Toutefois, il faudrait un grand nombre d’impacts pour que l’idée fonctionne. Cette nouvelle théorie ne fait donc pas l’unanimité chez les scientifiques. Place alors à l’incertitude…

3. La Lune n’est pas si sèche que ça. Elle aurait même renfermé beaucoup d’eau lors de sa formation. On a longtemps cru que la composition générale de la Lune était extrêmement sèche. Mais en fait, comme des chercheurs hollandais viennent de le montrer, la matière de la Lune contenait sans doute beaucoup d’eau lorsque le satellite s’est formé. Cela renforce d’autres études qui, ces dernières années, ont repéré des "traces" d’eau dans les roches lunaires et commencent à contredire le savoir établi avec les missions Apollo, qui ont observé une lune très sèche. Il faut dire que dans les labos, les techniques pour analyser les 380 kg d’échantillons lunaires ramenés par les missions dans les années 60 et 70 se perfectionnent, d’autres idées sont trouvées… L’étude hollandaise s’est elle penchée sur la composition de roches volcaniques lunaires. Pour l’équipe, la quantité d’eau sur la Lune lors de sa formation devait être similaire à celle de la Terre à la même époque. "Encore une grande similitude entre la Terre et la Lune qui, décidément, ne peuvent se passer l’une de l’autre ! Car c’est bien là toute la question : l’étude de la Lune permet de mieux comprendre l’histoire de la Terre" , commente Emmanuel Jehin, astrophysicien à l’Ulg.


Mais pourquoi encore l’étudier ?

Sciences et espace. A quoi bon encore étudier notre satellite naturel, que l’on a déjà piétiné il y a des décennies ? Simplement pour faire avancer la science, tout d’abord, car finalement, on en sait encore très peu sur l’espace. Et en particulier, étudier la Lune permet d’en apprendre plus sur notre propre Terre (lire ci-contre). Mais aussi parce que la Lune est toujours au centre des intérêts dans le secteur de la conquête spatiale. Certains, comme le directeur de l’Agence spatiale européenne, pensent à en faire une base permanente, d’autres songent à ses ressources minières. La Chine se prépare cette année à y faire atterrir une sonde. Et surtout, dans un futur très proche, la première entreprise privée devrait s’y poser. Ce serait dans le cadre d’un concours, le Google Lunar X Prize. La société Google et une fondation offriront un prix de 20 millions de dollars à la société qui aura pu envoyer un robot sur la Lune et l’y faire parcourir 500 mètres. Parmi les cinq entreprises en lice, se trouve l’Américaine Moon Express, dont l’objectif est d’exploiter les ressources minières de la Lune. Moon Express a annoncé vendredi soir qu’elle a réussi à lever de nouveaux fonds pour 20 millions de dollars, ce qui signifie qu’elle a bouclé son budget pour cette mission lunaire.