Planète

Le projet d'accord final pour lutter contre le réchauffement de la planète a été repoussé de vendredi à samedi matin, a-t-on appris auprès de la présidence française de la conférence mondiale sur le climat.

"Nous préférons nous donner le temps de consulter les délégations tout au long de la journée de vendredi", avant de présenter le texte final en vue d'une adoption directe en séance plénière, a-t-on précisé de même source. Le texte "sera présenté samedi matin tôt pour une adoption à la mi-journée", a-t-on ajouté.


Un objectif c’est bien, une méthode c’est mieux

Se prononcer en faveur d’une limitation du réchauffement de la température moyenne à la surface de la terre entre 1,5°C et 2°C, c’est bien. Définir des objectifs précis pour y parvenir, c’est mieux, mais c’est aussi beaucoup plus compliqué. Surtout lorsqu’il faut mettre d’accord 195 négociateurs internationaux qui maîtrisent parfaitement l’art de la "formulation floue" afin de laisser à chaque Etat le soin d’interpréter le texte à sa façon.

Jeudi soir, quelques heures avant le sprint final, le projet de convention comportait encore deux options et quatre formulations différentes pour définir les objectifs de réduction des émissions de CO2 d’ici 2050 et 2100.

Option 1 : "Les Etats poursuivent l’objectif commun de limiter la hausse de la température à la surface de la terre en atteignant ‘le plus rapidement possible’ un pic global des émissions de CO2 et en réduisant ces émissions de (40 %-70 % ou 70 %-95 %, à trancher) d’ici 2050 par rapport à 2010; de manière à atteindre un objectif de ‘Zéro émission net’ d’ici la fin du siècle."

Option 2 : "Les Etats poursuivent l’objectif commun de limiter la hausse de la température à la surface de la terre à travers une ‘transformation à long terme vers un monde bas carbone’ de manière à atteindre ("la neutralité climat" ou "la décarbonisation", à trancher) au cours du siècle."

La différence d’engagement est manifeste. Plus précise, l’option 1 fixe une étape intermédiaire (2050) et propose un objectif chiffré de réduction des émissions de CO2, comme le demande la délégation européenne depuis le début des négociations. Ce premier scénario fixe également un objectif clair : zéro émission net d’ici la fin du siècle. Une cible précise mais critiquée par les milieux environnementalistes parce qu’elle tient compte du CO2 émis qui aurait entre-temps été capté. En d’autres termes : les pays pourraient continuer à émettre des gaz à effet de serre s’ils parviennent ensuite à retirer ces gaz de l’atmosphère à l’aide de technologies de capture du CO2 "qui n’ont pas encore fait leurs preuves".

La neutralité climat "ne veut rien dire"

Si les négociateurs décident de suivre la deuxième option en revanche, ils restent dans le vague : pas de réduction chiffrée des émissions de CO2, pas d’objectif à horizon 2050 mais une "transformation à long terme vers un monde bas carbone", et un objectif final à trancher. Le terme "décarbonisation" impliquerait de renoncer totalement aux énergies fossiles. "C’est de loin le plus abouti", estime Wendel Trio de l’organisation Climate Action Network (CAN). "Mais face au refus persistant de la Pologne (grande productrice de charbon, NdlR) d’en faire mention lors des réunions préparatoires à la COP, l’Union européenne a inventé ‘la neutralité climat’, un concept qui ne connaît actuellement aucune définition précise et ouvre totalement la voie à l’interprétation."