Planète Ce dimanche 23 décembre sont remis officiellement les Trophées des Belges du bout du monde, au Cinéma Palace (Bruxelles), en présence de nombreux personnalités, comme Khadja Nin, ou Eddy Merckx. Des concerts et une projection de film sont également prévus. La fête se poursuit d'ailleurs jusqu'à 13 heures !
Le concours, inspiré de l'émission de la RTBF "Les Belges du bout du monde", vise à récompenser des Belges installés à l'étranger et y faisant rayonner la Fédération Wallonie-Bruxelles. Les candidats sont présélectionnés par un jury qui soumet les finalistes au vote des internautes de La Libre.be et de la RTBF.
Trois catégories sont concernées :


Dans la catégorie Culture et Art de vivre, c'est Simon Hupperetz, installé au Rwanda, qui a remporté le trophée.


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Agé de 29 ans, originaire de Ligneuville à deux pas de Malmedy, ce régent en langues étrangères (anglais et allemand) est parti s’installer au Rwanda en 2015. Également expert formateur-coach pour le Centre mondial du cyclisme, il a occupé le poste d’entraîneur de l’équipe nationale de cyclisme au Rwanda durant une année, “une aventure riche en expériences”. Après une première visite au Rwanda en 2013, il avait commencé à se passionner pour ce pays en particulier et l’Afrique en général. Et désormais, il a un nouveau projet : avec le coach de l’équipe nationale rwandaise, il est en train de créer une équipe continentale basée au Rwanda. C’est-à-dire, en clair, une équipe de cyclistes professionnels venant de tous les coins de l’Afrique, âgés de 18 à 25 ans.

Objectif : le tour du Rwanda

Parmi les objectifs : rendre un peu plus africain le cyclisme mondial, et proposer un encadrement pointu au niveau nutrition ou encore technologique pour ces jeunes. Et plus concrètement, l’objectif est de participer au Tour du Rwanda 2019, qui aura lieu du 24 février au 3 mars. C’est, selon Simon, un moment extraordinaire. “Il y a trois millions de spectateurs sur les bords des routes, une ambiance à avoir des frissons” pour la course cycliste la plus relevée – il y a des étapes de montagnes – du continent africain.

Simon espère aussi faire découvrir le cyclisme européen à ses coureurs, en les emmenant en Belgique. “En matière de développement pour l’équipe cycliste, il serait idéal de signer des partenariats avec des entreprises belges voulant s’implanter et se développer au Rwanda et en Afrique. Nous voulons également passer plus de temps durant la saison en Belgique, c’est une terre de cyclisme.” Avec son Trophée, il espère " attirer l’attention sur le projet que je mène et, pourquoi pas, nouer des nouveaux contacts qui nous permettront d’avancer. Mais aussi rencontrer les autres nominés et échanger nos expériences”.

Il avait face à lui Didier Mathieu, installé à Singapour et Manuel Hubert, installé en Thaïlande.

Le prix “Culture et Art de Vivre” récompense un artiste, une œuvre, une initiative“favorisant les échanges entre la Belgique et l’étranger” ou “mettant en valeur la mode, l’architecture ou la gastronomie belge à l’étranger”, “tout en privilégiant les échanges avec les populations locales”.


Dans la catégorie Solidarité, c'est Sabine Bouchat, installée en Equateur, qui a remporté le prix.


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Dans les années 80, fraîchement diplômée en agronomie tropicale, Sabine Bouchat, originaire de la région de Verviers, fait ses bagages pour la Colombie avant de rallier l’Equateur avec la ferme intention d’y travailler quelque temps. Elle entend parler d’un village isolé au cœur de l’Amazonie bien connu des défenseurs de communautés indigènes. L’annonce est intrigante, Sabine débarque à Sarayaku et finit par tomber sous le charme d’un jeune Equatorien kichwa : José Gualinga. Tous deux emménagent ensuite dans la capitale de la province de Pastaza avant de passer par la Belgique, et de définitivement regagner le cœur de l’Amazonie équatorienne au début des années 90.

"Les gens sont persuadés qu'on vit tout nus dans les arbres"

“Quand je rentre en Belgique, les gens sont persuadés qu’on vit tout nu dans des arbres, racontait Sabine à “La Libre” lors d’un passage en Belgique en 2013. Les maisons sont faites de bambou et de feuilles de palme, le village est relié à Internet loin des stéréotypes, mais la nature est partout et les différences culturelles évidentes . Ma première année à Sarayaku, je ne connaissais rien ! Tout est, par exemple, cuit au feu de bois. Les premiers mois, je me suis brûlée des dizaines de fois !”

Le peuple Sarayaku est connu pour sa persévérance dans la défense de sa vie et de son environnement. Le groupe “Atayak” y met en œuvre un vaste programme pour la préservation, la valorisation et la transmission des savoirs ancestraux dont l’Ecole des savoirs de la forêt vivante: Tayak Wasi. Créée en 1994 par Sabine et les parents d’une cinquantaine d’élèves, cette école applique et réfléchit à des pédagogies innovantes basées sur la biculturalité, la combinaison des savoirs de la forêt et la préparation à affronter un monde globalisé. Elle est devenue un étendard dans la pratique de l’enseignement kichwa en Equateur et est également engagée dans des échanges avec des écoles de la FWB. “ Tous les enfants du village vont au collège, et ceux qui obtiennent une bourse parviennent à accéder à l’université dans une grosse ville mais le système éducatif est cher et inégal. Plus on s’éloigne de Quito, plus les moyens manquent”, regrette Sabine Bouchat.

Face à elle, il y avait Claudine André, installée au Congo, et Stephan Marchal (Inde).

Le prix “ Solidarité “ vise à récompenser “un projet concret qui participe à la construction d’un monde meilleur et d’une société plus juste”.


Dans la catégorie Innovations, c'est Jean-Michel Alexandre (Madagascar) qui a remporté le Trophée.


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A présent âgé de 46 ans, originaire de Ciney, Jean-Michel Alexandre a quitté la Belgique à 30 ans. “ J’avais trop de fourmis dans les jambes, l’envie de découvrir des cultures différentes, d’acquérir de la connaissance humaine...” Jean-Michel se partage actuellement entre l’île Maurice et Madagascar où il a un projet de construction écologique.

Deux milliards d'êtres humains dans des habitats en terre

C’est “par hasard”, raconte-t-il, qu’il s’est lancé dans ce domaine. “J’ai suivi une formation en technique de Superadobe ( mur en terre compressée) et j’ai fait la connaissance d’Arthur Besse. Nous avons développer la société Eko-Kaza pour un projet humanitaire de construction d’une école de 600 mètres carrés sur l’île de Nosy Faly dans la magnifique régions de Nosy Be. Tombés amoureux de l’île et de sa population, nous avons acquis des terres afin de développer des projets immobiliers écologiques et agricoles en accord avec les habitants de l’île.” Particularité de la technique utilisée par Jean-Michel Alexandre? Elle consiste à compresser de la terre dans des sacs (riz, oignons, …) afin d’en faire des murs. Les avantages, entre autres : avoir la ressource directement sous les pieds, des coûts réduits, une absence de machinerie et une utilisation de la main d’œuvre locale.

Pour l’avenir, Jean-Michel Alexandre espère promouvoir encore davantage cette technique. “Plus de deux milliards d’êtres humains vivent dans des habitats en terre. Nous avions avant la guerre en Belgique énormément de bâtiment en torchis. La terre est un des meilleurs isolant naturel. Elle régule la température, elle est antiacariens. On peut aussi construire dans des endroits isolés, former rapidement les habitants et pouvoir les employer afin d’augmenter leurs rentrées d’argent qui ne dépend souvent que de la pêche. Nous pouvons ainsi proposer des bâtiments uniques, écologiques, complètement autonomes en énergie, avec une finition européenne, tout en ayant un impact financier positif sur la population locale.

Face à lui : Maïté Petrement (Australie) et François van den Abeele (Espagne).

Le prix “Innovations” récompense une société belge “ayant investi à l’étranger pour y créer de l’emploi et/ou de la valeur ajoutée ayant des retombées positives dans le pays où elle est implantée ou un individu” ou “une start-up ayant développé un projet technologique novateur visant à l’amélioration du bien-être de l’humanité”.