Planète

Un an et demi qu’il a attendu ce coup de fil. Dix-huit mois interminables pendant lesquels, à chaque fois que retentissait la sonnerie du téléphone, il a cru que c’était pour lui annoncer la bonne nouvelle. Alors, à force d’attendre, il n’y a plus cru. Et lorsque, à 11 heures, le mardi 22 juin 2002, le Pr Nevens le prie de se rendre au plus vite à l’hôpital, pour recevoir sa greffe de foie, Jos Peeters n’y a rien compris.

" Le coup de téléphone s’est très mal passé, nous raconte-t-il, un sourire au coin de l’œil. Il a fallu que l’on me répète les choses trois fois. J’étais tellement bouleversé, comme anéanti. Je m’étais fait à l’idée que j’allais mourir bientôt. Cela faisait un an et demi que j’étais en attente d’une transplantation. Or, à l’annonce du diagnostic de ma maladie, le médecin m’avait donné un an, maximum un an et demi de survie. Je pensais donc être au bout de ma vie ."

Et non, onze ans plus tard, aujourd’hui membre de l’association des greffés du foie de Louvain, il est bien là, en chair et en os, assis sur une chaise dans la très belle salle de la Milice à l’Hôtel de Ville de Bruxelles où, jeudi midi, était lancée la 15e Journée européenne du don d’organes et de la greffe, que notre pays accueillera pour la première fois, ce samedi 12 octobre. A cette occasion, et pour mettre à l’honneur les donneurs d’organes et leur famille, Beldonor et le SPF Santé publique organisent diverses activités : vendredi soir, un concert avec José van Dam à la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule ; samedi, un parcours cycliste via les hôpitaux qui pratiquent le don d’organes avec la plantation d’un arbre sur chacun des 64 sites en hommage aux donneurs. C’est aussi ce samedi à 14 heures que le Manneken-Pis recevra, de Beldonor, son 911e costume, celui d’un transplanté rénal, alors que de 14 à 17 heures se tiendra un village d’information sur la place de la Monnaie à Bruxelles. (Rens. : www.beldonor.be)

"N’emportez pas vos organes au paradis"

Car ce jour-là, surtout, ce sera l’occasion de sensibiliser, d’informer encore et encore sur l’importance de ce geste. "N’emportez pas vos organes au paradis", clamait jeudi Le Dr Alessandro Nanni Costa, Président du groupe de travail européen des experts en dons d’organes et transplantations. Ou encore : "La seule chose que vous emportez avec vous lorsque vous êtes partis est ce que vous laissez derrière vous."

"Un seul donneur peut sauver huit vies", rappelait pour sa part la ministre de la Santé publique, Laurette Onkelinx (PS), qui a rappelé la situation du don d’organes en Belgique, "un des meilleurs élèves de la classe européenne". Près de 190 000 compatriotes ont aujourd’hui fait part de leur volonté d’être donneurs auprès du Registre national, contre moins de 33 000 en 2005. (Voir infographie)

Il n’empêche, si la situation s’est améliorée, notamment "grâce au succès de la législation" selon la ministre, quelque 1 200 personnes figurent toujours sur la liste d’attente, " une attente insoutenable pour ces personnes dont la survie dépend du décès d’une autre personne, d’un coup de téléphone" L’an dernier, 105 personnes sont décédées faute de n’avoir reçu à temps cet organe qui leur aurait permis de renaître.

Il faut anticiper, déclarer expressément son intention

" Il faut continuer à se mobiliser, poursuivait Laurette Onkelinx. La générosité d’une seule personne peut en sauver plusieurs. Il faut continuer à lever les tabous, parler du sujet avec sa famille et ses proches . " Il s’agit d’anticiper, de déclarer expressément auprès de sa commune son intention d’être donneur potentiel d’organes afin de faciliter les choses par la suite, le cas échéant, car c’est au moment où se pose "la" question, juste après l’annonce du décès, que se pose trop souvent "le" problème entre les médecins et la famille. En effet si, en Belgique, la loi part du principe du "qui ne dit mot consent", les médecins demandent toujours l’autorisation aux proches des personnes décédées avant d’effectuer le prélèvement d’organes. Raison pour laquelle l’information reste essentielle.

C’est précisément le but de cette journée. " Informer, informer et informer est crucial, nous confirme le Pr Philippe Morel, médecin-chef du service de chirurgie viscérale et directeur chirurgical du Centre romand de transplantation, mais aussi initiateur de cette journée européenne du don d’organes et de la greffe. Les actions des autorités politiques sont fondamentales parce qu’elles donnent la caution, la crédibilité, la légitimité à la transplantation. C’est pourquoi il importe d’informer et d’inciter les autorités à légiférer et à mettre en place les moyens humains et financiers nécessaires au bon déroulement des transplantations d’organes."

"Un autre problème qui se pose aussi dans certains pays, dont la Suisse, est le fait d’obliger les médecins à identifier les donneurs et, ainsi, de ne pas tout de suite débrancher le ventilateur d’un patient en état de mort cérébrale."

Quant aux tabous qui subsistent au sein de la population à propos du don d’organes, " il est clair que, pour manifester la volonté d’accepter le don d’organes, il faut d’abord accepter sa mort ", nous dit encore ce professeur suisse, médecin transplanteur.