Planète Correspondante au Brésil

Pays aux 5,2 millions de kilomètres carrés de forêts, le Brésil continue de se déchirer autour de la très polémique réforme de son code forestier. Après des mois d’une âpre bataille législative, les députés ont voté le texte en dernière lecture mercredi soir (274 voix pour, 184 contre et deux abstentions). Approuvé par les députés, en première lecture, puis modifié et entériné par les sénateurs, le texte oppose les défenseurs de l’environnement au très puissant lobby agricole, les écologistes aux ruralistes - défenseurs des grands agriculteurs et éleveurs. L’Amazonie, véritable poumon de la planète, mais aussi la forêt Atlantique ou encore le Cerrado sont concernés.

Le texte approuvé par le Sénat en décembre 2011 a finalement été revu une nouvelle fois, et entérine les préconisations faites récemment par le rapporteur du projet de loi, le député Paulo Piau, considéré comme plus proche des ruralistes. Au grand dam du Parti des travailleurs - celui de la présidente Dilma Rousseff - et du gouvernement, lesquels préféraient la version du Sénat. Le Parti vert et les écologistes, dont l’ancienne ministre de l’Environnement Marina Silva, qui dénonçaient déjà le texte établi au Sénat, estiment que la version votée est pire car bien moins restrictive en matière de reboisement. Pour justifier leur combat, les ruralistes martèlent que le code actuel, en vigueur depuis 1965, est aujourd’hui inapplicable et de toute façon peu respecté.

L’épopée législative n’est peut-être pas achevée pour autant. Avant sa promulgation, le texte va être soumis à Dilma Rousseff, qui peut opposer son veto à tout ou partie de celui-ci. Au cœur des débats : la question de l’amnistie pour ceux qui ont déboisé illégalement jusqu’en 2008 - date de mise en place par l’ancien président Lula d’un programme incitatif de lutte contre la déforestation -, la fin partielle de l’obligation de reboiser les zones dégradées - plus de 75 millions d’hectares, une restriction importante des zones de protections permanentes (APP) et des réserves légales.

Un des principaux points d’achoppement est la restriction des zones à préserver et à reboiser le long des cours d’eau, des lieux stratégiques, notamment en Amazonie. Les propriétaires devront dorénavant préserver ou reboiser 15 m de forêt de chaque côté des cours d’eau, contre 30 m aujourd’hui, et ce pour les cours d’eau inférieurs à 10 m de large. Pour les fleuves plus larges, les limites seront fixées par les autorités locales. Pour les défenseurs du projet, cette décision témoigne d’un souci d’adaptation. Les écologistes, eux, ne goûtent guère cette flexibilité et estiment qu’elle va aggraver la déforestation.

Autre point, si l’instauration d’un cadastre environnemental rural est considérée comme "une avancée" par l’Académie brésilienne des sciences, la mesure présente une limite : les députés ont refusé sa mise en ligne et donc un accès facilité à l’opinion publique.

Grâce à davantage de contrôles policiers et une surveillance par satellite, le Brésil rencontrait pourtant un certain succès dans la lutte contre la déforestation. Entre août 2010 et juillet 2011, 6238 km2 ont été déboisés en Amazonie, soit une baisse de plus de 11 % par rapport à l’année précédente. Les disparités régionales restent cependant importantes et le sujet, ultrasensible, dans un pays où le secteur de l’agroalimentaire représente plus de 20 % du PIB.

Au-delà des préoccupations écologiques et économiques, le sujet fait donc à présent figure de test politique pour Dilma Rousseff, dont le gouvernement est crédité de 64 % d’opinions favorables. Les écologistes gardent l’espoir de la voir respecter sa promesse de campagne, à savoir opposer son veto au texte. Mais cela risquerait de compliquer le reste de son mandat Si celle qui a succédé à Lula accepte le texte, l’image du Brésil sera écornée, moins de deux mois avant d’accueillir la Conférence des Nations unies sur le développement durable, le sommet Rio + 20 (20-22 juin).