Planète

La Tchécoslovaquie communiste traînait une triste image de mines à ciel ouvert, de forêts détruites par les pluies acides et de centrales thermiques pas vraiment "aux normes". Les premières années de la République tchèque indépendante (1993), avec la mise en service de la centrale nucléaire de Temelin, très critiquée par les voisins autrichiens, avaient conforté l’idée d’un pays où, finalement, le productivisme, l’efficacité économique reléguait au second plan les préoccupation écologiques.

Les choses ont changé dans les années 2000. La présence de gouvernements pro-européens, et la présence au sein des deux derniers des Verts, ont fait petit à petit bouger les choses. La meilleure preuve a été au cours des dernières années le développement du photovoltaïque. A un niveau modeste mais constant, les panneaux solaires ont fini par trouver leur place dans le paysage et à approvisionner en électricité de nombreux villages.

Mais trois mois à peine après des élections qui virent la disparition des Verts du Parlement et l’installation d’un gouvernement dirigé par les conservateurs (ODS) du Premier ministre Petr Necas, très liés aux milieux industriels, le pays effectue un grand pas en arrière. Pavel Drobil, le nouveau ministre conservateur de l’Environnement, a viré de son Ministère tous les experts issus de mouvements écologistes. Très proche du chef de l’Etat Vaclav Klaus dont on connaît l’abhorration pour l’écologie, il prépare un projet de loi qui limitera l’octroi de licences photovoltaïques à de toutes petites installations, situées par exemple sur les toits d’immeubles.

CEZ, la compagnie nationale d’électricité qui avait vu son monopole se lézarder via l’arrivée d’investisseurs étrangers, retrouvera ses prérogatives en beaucoup plus gros. Elle va pouvoir faire construire deux nouveaux blocs, abritant peut-être 3 réacteurs, pour la centrale de Temelin. Un appel d’offre, "contrat du siècle" de 20 milliards d’euros a été lancé. Il pourrrait être avalisé dès l’an prochain et la construction démarrer en 2013.

Selon Daniel Vondrous, ancien des Amis de la Terre et désormais ex-conseiller du Ministère de l’ Environnement, "l’étude d’impact réalisée par CEZ à propos de la construction est tellement incomplète qu’elle viole le droit européen". L’étude ne fournirait aucune explication quant à la nécessité de construire ces nouveaux réacteurs. Elle serait muette sur la question de la gestion des déchets. Elle ne fournit pas d’analyse comparative sur les moyens de produire autant d’électricité avec des énergies propres.

Pavel Drobil affirme pour sa part que ce choix "est le seul raisonnable en temps de crise". "Le gouvernement va servir davantage que les précédents les intérêts de cet état dans l’Etat qu’est CEZ", estime Vojtech Kotecky, représentant des Amis de la Terre. "Ces temps-ci, les Tchèques ne sont pas les seuls à tourner le dos aux énergies renouvelables. Mais dans cette région d’ Europe qui n’est pas encore tout à fait l’Europe de l’ Ouest, le réflexe des politiciens est d’assurer avant tout l’indépendance énergétique".

Et les choses ne s’arrêtent pas là : le gouvernement voudrait construire un barrage sur l’Elbe, dans un site magnifique, à quelques kilomètres de la frontière allemande. Les militants de l’association Arnika, qui au cours de l’été avaient affrêté un bateau pour faire visiter le site à tous les gens soucieux de préservation de l’environnement, se disent aujourd’hui moins inquiets. Le coût du projet (36 millions d’ Euros) semble effrayer le Ministère des Transports...

Indépendamment des questions énergétiques, le gouvernement entend aussi prendre le contre-pied des équipes précédentes en favorisant l’abattage massif d’arbres dans le parc national des Sumava, dans le sud-ouest du pays. Officiellement, il s’agirait de stopper l’infestation de la forêt, qui jouxte celle de Bavière, par des insectes xylophages (genres de termites). Les écologistes y voient davantage une capitulation devant des intérêts économiques locaux (Lire ci-contre). Pour Vojtech Kotecky, tout n’est pas perdu :"La coalition gouvernementale est assez divisée sur les questions d’environnement. Il est possible que Top 09 et Affaires publiques, les deux petits partis centristes, déposent des amendements au Parlement sur toutes ces questions".

Issu de cette Moravie du Nord largement post-industrielle, mais suffoquant toujours en hiver sous le "smog", le ministre Drobil pourrait aussi reprendre à son compte la législation préparée par son prédécesseur Vert Martin Bursik pour contraindre les entreprises à adopter des technologies moins polluantes. Il y aurait de gros contrats à négocier entre "dépollueurs" et pouvoirs politiques locaux...

"La politique environnementale de la nouvelle équipe n’est pas arrêtée, mais il y avait un élan dans la bonne direction.Et cet élan n’est plus là" déplore Martin Bursik. Paradoxalement, ce retour en arrière a lieu dans un pays où se multiplient les initiatives civiques contre le bétonnage des villes, pour la préservation du cadre de vie et les transports en commun. Les Tchèques se sont lentement éveillés aux questions d’environnement. Aujourd’hui, c’est la classe politique qui n’est pas au rendez-vous.