Planète

Rencontre à Berlin

Du charisme, un certain charme, de l’ambition et des idées pour changer le monde. Une détermination empreinte d’un tel zèle qu’elle pourrait bien, on l’espère, devenir contagieuse. Et, cerise sur le gâteau, l’homme est belge !

Mais Gunter Pauli, âgé de 55 ans, est d’abord un homme d’affaires. Diplômé en économie aux Facultés Saint-Ignace d’Anvers, il a ensuite peaufiné sa formation au sein de l’Insead de Fontainebleau, Business School de référence en Europe.

Parallèlement, il est devenu un pionnier des relations d’import-export belgo-japonaises. Il avait alors à peine 25 ans. A côté de ses activités commerciales, le jeune Gunter siégera également comme président de l’association des étudiants belges. Hyperactif, déjà. C’est dans ce cadre qu’il va être introduit au sein du fameux Club de Rome et initié aux enjeux mondiaux autour desquels ses membres influents se réunissent.

"Lorsque j’ai rencontré Aurelio Peccei (NdlR : le fondateur du Club de Rome) et que je l’ai écouté s’interroger, lui, ancien PDG de Fiat, un homme d’affaires, sur des problèmes comme la pollution, l’accès à l’eau potable, le déboisement, etc. ; je me suis dit que je resterai toujours indépendant et que je combinerai environnement, entreprenariat et innovation."

Pendant dix ans, Gunter Pauli développera ainsi ses talents et son ambition dans de multiples secteurs, du commerce à la culture. Il fut, entre autres, responsable de l’édition en langues étrangères du "State of the World", le rapport annuel de l’institut de recherche en développement durable World Watch. "Pendant toutes ces années, j’étais au cœur de l’information sur les problèmes du monde, mais ce que je voulais, c’était trouver des solutions. J’ai cherché pendant dix ans "

C’est ainsi qu’il finit par prendre les rênes de la petite entreprise belge Ecover, première au monde à produire des détergents biodégradables. Il l’élève aux rangs des grands noms d’un business éthique encore balbutiant, au même titre que les glaces Ben&Jerry’s et les cosmétiques Body Shop.

Un succès qui va toutefois prendre un goût amer, explique-t-il. "Un jour, je me suis rendu compte que l’huile de palme qu’Ecover utilisait contribuait à la déforestation en Indonésie, que j’étais complice du saccage de l’habitat des orangs-outans " La frustration née de cette prise de conscience le pousse alors à remettre son affaire et, après quelques mois de réflexion, s’en retourne au Japon.

Dans l’engouement des préparatifs de la conférence de Kyoto, il va être invité à participer aux recherches en vue d’établir des modèles d’affaires neutres en émissions de CO2 et de quelconques déchets. Des entreprises qui s’inspirent du fonctionnement des écosystèmes où rien ne se perd, rien ne se jette. De cette mission est née la Fondation Zeri (Zero emission research initiative) que Gunter Pauli dirige toujours aujourd’hui. Le premier projet concret porté par celle-ci l’emmènera en Namibie, au service d’une brasserie ! "Dans le processus de production de la bière, 92 % de l’orge, de la céréale brute, sont perdus. Or ces 92 % peuvent être reconvertis en biomasse et servir à un autre processus de production. Le déclic, il est là. Si au lieu d’en faire des déchets, on les utilise comme matière de base pour autre chose, on crée non seulement une plus-value et de l’emploi local, mais, en plus, on ne pollue pas."

Avec ces résidus de production, Gunter Pauli fait ainsi pousser des champignons qui alimentent le marché local, et avec les déchets de la culture des champignons, il produit de la nourriture pour cochons. D’une pierre trois coups ! "Mon approche de l’entreprenariat est systémique, inspirée des écosystèmes où tout a une fonction. Dans beaucoup de pays du Sud, les besoins essentiels des gens, l’accès à l’eau, à l’éducation, à la santé ne sont pas satisfaits. L’expérience de la brasserie en Namibie a démontré qu’on pouvait répondre à ces problèmes tout en industrialisant un pays."

Depuis lors, d’autres entreprises ont été créées, d’Amérique latine en Europe, sur base de ce modèle systémique porté par l’entrepreneur belge. Et parce qu’il veut servir d’inspiration au monde, Gunter Pauli dispense son enseignement à qui veut bien l’écouter, dans les universités, dans le milieu des affaires et dans les écoles primaires, via l’édition de fables didactiques destinées aux enfants.

Certains gouvernements font appel à ses conseils pour développer leur industrie de manière plus éthique, comme les souverains du Bhoutan, soucieux du bonheur de leurs citoyens mais aussi de la modernisation de leur économie. "Il faut penser positivement ! Tout est encore à jouer, on a la possibilité de satisfaire les besoins essentiels de tous et de respecter l’environnement si on accepte de modifier notre manière de penser, de reconnaître nos erreurs, et d’accepter d’évoluer Et d’être audacieux !"