Planète

Morceaux de fusées, satellites en fin de vie, outils perdus par des astronautes Voilà le genre de débris spatiaux qui tournent autour de la Terre et qui risquent de polluer certaines orbites dans quelques décennies. Et il faut agir rapidement pour réduire le nombre de ces déchets. C’est ce qu’ont estimé jeudi des experts internationaux à l’issue d’une réunion en Allemagne. Ces objets sont les résidus des quelque 4 900 lancements effectués depuis le début de l’ère spatiale qui, sous l’effet de dislocations et collisions en chaîne, n’ont cessé de se multiplier. Depuis 1978, "leur nombre a triplé" avec "un risque de collision démultiplié", avertit le Dr Klinkrad, directeur du département des débris spatiaux à l’Agence spatiale européenne (ESA). "Il suffirait de quelques décennies pour qu’un tel environnement devienne instable", a-t-il souligné durant la 6e Conférence européenne sur les débris spatiaux.

Pour traiter le problème, il est nécessaire d’une part de placer les satellites désactivés sur des voies de garage, où ils ne gêneront pas et finiront par se désintégrer dans la haute atmosphère terrestre. Mais il faut aussi débarrasser l’espace des plus gros débris, au rythme de 5 à 10 objets chaque année si on veut stabiliser la situation. "Il y a un consensus fort sur la nécessité urgente d’agir dès à présent pour commencer à enlever ces débris", a assuré Heiner Klinkrad. Parmi les solutions étudiées : "récupérer" certains de ces débris. "On peut générer les retombées sur la terre. On pourrait éventuellement rallumer le moteur de certains des débris, tenter de manœuvrer les objets, et ralentir leur trajectoire quand ils arrivent sur terre. Ces solutions sont à l’état d’étude, nous explique Nicolas Bobrinsky, responsable du programme de veille spatiale (SSA) à l’ESA. C’est un peu ce qu’on a déjà fait avec la station Mir." Celle-ci en effet, après 15 ans de services, avait été précipitée vers la terre et s’était en partie désintégrée dans l’atmosphère. "Pourquoi pas aussi des missions ‘d’accostage’, on pourrait alors ralentir l’objet et le faire tomber." L’ESA et d’autres agences spatiales étudient diverses solutions pour dévier la trajectoire des débris vers l’atmosphère : bras robot, pince géante, moteur fixé sur le débris, harpon ou filet de remorquage, voire un canon à ions bombardant l’objet pour infléchir sa course. Certains envisagent même de doter le débris d’une voile solaire qui ferait office de parachute pour le freiner et le contraindre à perdre de l’altitude. Ces "missions de nettoyage" auront bien sûr un coût, mais bien inférieur à celui des satellites détruits par des débris (100 milliards de dollars environ), dont nos sociétés modernes sont dépendantes (télés, télécommunications, etc.).