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Après avoir expérimenté avec succès un potager collectif, les habitants d'un quartier d'Auderghem se lancent dans la construction d'une vaste serre à l'ancienne.

Un espace dédié au jardinage, mais surtout aux rencontres.

 

L'appétit vient en mangeant. La formule va comme un gant aux habitants du quartier du Vieux-Sainte-Anne à Auderghem. Lancé en 2013, leur projet de potager collectif n'en finit en effet pas de se développer. Aux neuf premiers bacs de culture se sont ajoutés cinq autres l'année suivante, puis encore six l'année d'après. Profitant de l'humus produit dans un compost - collectif lui aussi – tout proche, tomates, courgettes et autres salades y poussent comme des mauvaises herbes. Sans oublier les arbres fruitiers palissés qui prennent doucement leur envol.

Un poulailler de Hobbit

Dans un enclos à l'écart, quelques poules gambadent au pied d'un poulailler aux faux airs de maison du Hobbit. C'est assurément l'attraction du lieu qui rencontre le plus gros succès auprès des enfants… et de leurs parents. « C'est Fredo, un voisin, technicien de profession,  mais sculpteur dans l'âme, qui l'a fabriqué dans un tronc d'arbre », s'émerveillent Pierre et Alice Olbrechts, nos deux guides du jour.

Membre du comité de quartier, ces deux retraités très actifs se réjouissent de la dynamique insufflée par ce projet. Installé sur les toits du complexe sportif Willegems, « Le jardin des villageois » était auparavant un petit parc sans charme qui tournait à rien, observent-ils. « Le potager collectif va vraiment beaucoup plus loin que produire de la nourriture en ville, explique Alice. Cela recrée une vie de quartier et un lien social ». « Le jardin est un bon prétexte pour travailler ensemble concrètement, cela soude les gens », ajoute Pierre, en soulignant que le petit sondage réalisé avant le lancement du projet avait confirmé ces attentes au sein du voisinage. La philosophie était finalement très simple : « créer de la beauté », créer « un lieu où les gens aiment se retrouver ».

Une serre de 96 m² en autoconstruction

Deux dimanches par mois, les habitants se retrouvent donc sur place pour un jardi-brunch, façon auberge espagnole. On jardine, on mange un morceau, on papote… Chaque carré est géré personnellement par ceux et celles qui en ont fait la demande, tandis que les autres parties sont gérées en commun. Mais l'espace est public et ouvert à tous, insiste Alice Olbrechts. Chacun apporte ce qu'il peut selon ses moyens et ses envies, explique-t-elle : sa force de travail, de l'animation, un petit peu d'argent… « Notre but est vraiment d'intégrer le plus de gens possible.»

Organisée à l'occasion du week-end « Good food », la rencontre de ce dimanche 1er octobre prendra ainsi une dimension un peu particulière, puisqu'il s'agit de la première « Serre-party » du quartier. Dans le cadre d'un nouvel appel à projets de l'administration bruxelloise de l'environnement, les résidents du Vieux-Sainte-Anne ont en effet décroché 15 000 euros de subsides qui doivent leur permettre de concrétiser un nouveau rêve : construire une serre collective de près de 100 mètres carrés.

Et pas n'importe quelle serre, une « magnifique serre à l'ancienne dont le roi sera jaloux !», rigole Alice. Un endroit qui permettra de réaliser de nouvelles plantations, mais aussi de se réunir à l'abri quand le ciel fait grise mine. « Dans le quartier, on n'a pas vraiment de lieu couvert pour accueillir les habitants, donc cela se fait chez des voisins qui ouvrent leur maison ou à la bibliothèque, mais celle-ci n'est pas disponible tout le temps», commente notre interlocutrice.

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Un parrainage pour les vitres

Lancée par une architecte membre du comité, l'idée baptisée « Serre-Moi-Fort » a fait naître un grand enthousiasme, mais le chantier à mener s'annonce à la hauteur des ambitions affichées. D'autant qu'il sera réalisé en autoconstruction par les habitants. « Le subside reçu nous permet de payer les matériaux pour la structure en bois et métal, ainsi que l'encadrement technique », poursuit Alice. Pour la finalisation, il faudra donc mettre la main à la pâte car il manque 10 000 euros pour boucler le budget total.

Alors que la dalle en béton qui supportera la serre a déjà commencé à sortir de terre, la réunion de ce dimanche vise à élargir encore le nombre de personnes prêtes à s'impliquer dans le projet. Celles-ci se verront proposer de participer à son financement d'une façon originale: « Nous proposons aux gens de parrainer un des carreaux comme les familles nobles le faisaient au temps des cathédrales ». Pour des raisons de sécurité, ces vitres font en effet appel à du verre sécurisé feuilleté. Le coût de chaque carreau avoisine ainsi les 50 euros, mais chacun reste libre de contribuer pour le montant qui lui convient.

L'objectif est d'avoir mené le projet à son terme dans deux ans, conclut Alice Olbrechts, qui ne doute pas un instant de son aboutissement.