Planète

L’Inde fête ses 70 ans ce 15 août. Emmanuel Derville, correspondant de “La Libre” à New Delhi, a interrogé cinq témoins qui ont vécu les basculements sociaux, politiques et économiques de leur pays. Ces entretiens, et d’autres encore, sont à lire dans son ouvrage “Métamorphoses de l’Inde depuis 1947” (éditions Ateliers Henry Dougier), qui sortira en librairie le 7 septembre prochain.

Le deuxième épisode de cette série donne la parole à l’écologiste Vandana Shiva qui raconte la révolution verte. Elle nous raconte les recherches qu’elle a menées en tant qu’universitaire au Pendjab sur les conséquences écologiques et financières néfastes de la "révolution verte" au début des années 1980. Cette révolution, mise en place au milieu des années 1960, visait à doper les rendements agricoles afin de rendre le pays autosuffisant. Mais, aujourd’hui, la crise agricole et écologique frappe toujours l’Inde, alors qu’un actif sur deux travaille dans le secteur primaire.

Jamais je n’oublierai cette année 1984. En juin, le Pendjab, dans le nord de l’Inde, avait basculé dans une insurrection séparatiste que le pouvoir central réprima dans le sang. Le Premier ministre Indira Gandhi envoya l’armée qui prit d’assaut le Temple d’or à Amritsar où le chef des insurgés, Jarnail Singh Bhindranwale, s’était retranché. Les violences étaient d’autant plus surprenantes que, quinze ans plus tôt, cet Etat était prospère et paisible, une région agricole couverte de champs verdoyants, le grenier de l’Inde. Tel était le souvenir que je gardais de l’époque où je préparais un master en physique des particules à l’université du Pendjab entre 1968 et 1973. Que s’était-il passé pour qu’une partie de la population prenne les armes ?

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