Planète

Ce qui a été le détonateur de la polémique de ce mardi, ce sont les chiffres suivants : - 35 % d’émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. C’est l’objectif que l’Europe a donné à la Belgique il y a un peu moins d’un an, dans le cadre de ce qu’on appelle l’"Effort sharing". En clair, le partage de l’effort de réduction des gaz à effet de serre (GES) entre les différents pays de l’Union européenne. A son niveau, l’Europe a promis aux Nations unies de réduire ses GES de 30 % (hors grosses entreprises) d’ici 2030. Ce chiffre est coulé dans le bronze, mais l’accord de répartition intra-européen, en cours de finalisation, doit être validé par le conseil européen des ministres de l’Environnement le 19 juin. Le 30 mai, le Parlement européen a déjà voté cette répartition.

En Belgique, tout le monde (ONG, politiques de tous bords, etc.) s’accorde à le dire, l’objectif est ambitieux. Mais il faut néanmoins le tenir, disent en chœur le Premier ministre Charles Michel, les ministres wallon, bruxellois et flamand Di Antonio, Frémault, et Schauvliege. Et donc aussi Marie-Christine Marghem, qui l’a confirmé après le pataquès de mardi matin. De l’avis d’observateurs, une renégociation telle qu’évoquée dans la presse flamande avait de toute façon très peu de chances d’aboutir. Outre que l’on arrivait à la fin du processus, la Belgique aurait dû trouver un pays européen acceptant de "compenser", en réduisant d’autant ses émissions polluantes la "perte" causée par notre pays. Pour la Belgique, tenir la promesse européenne ne va cependant pas être facile. Même une ONG comme Greenpeace l’admet. "Si on veut une société bas carbone, ça ne sera pas facile, on le sait depuis assez longtemps, dit leur expert climat Joeri Thijs, mais il est aussi assez clair que c’est tout à fait faisable si l’on prend les mesures adéquates dans le transport, le bâtiment et l’isolation , l’énergie, l’agriculture, etc." Le transport cumule ainsi 25 % des émissions polluantes belges. Les pistes évoquées : modifier la réglementation sur les voitures de société, adopter la taxe kilométrique, investir dans les alternatives (transports en commun). "Il faudra discuter avec les citoyens, avec les villes…"

Un PIB de + 2 %

Selon une étude menée par le fédéral, une "transition bas carbone" dans notre pays n’affecterait pas la croissance du produit intérieur brut. Au contraire. "Un relèvement du PIB de l’ordre de 2 % en 2030 par rapport à une politique inchangée est susceptible de s’opérer en Belgique si les politiques adéquates sont adoptées", précise cette étude Climact. "Investir dans le bâtiment boosterait l’économie belge. C’est la mesure phare pour atteindre les 35 %. Il faudrait multiplier par cinq ou dix les investissements actuels dans la rénovation profonde des bâtiments. Cela crée de l’emploi local et évite d’importer gaz et pétrole", note Julien Pestiaux, de Climact, qui cite encore comme pistes l’investissement dans les infrastructures pour voitures électriques ainsi qu’une limitation de la consommation de viande bovine, émettrice de GES.

Mais pour la Fédération des entreprises de Belgique, atteindre les 35 % en 2030 risque de coûter très cher. Elle dit aussi s’interroger sur la répartition de l’effort entre les pays européens.