Planète

Interview avec Nicolas Fautré, 27 ans, représentant du Conseil de la Jeunesse à la COP 21

En tant que délégué jeunesse pour le climat, Nicolas, originaire de Gembloux, a pour mission de porter la voix des jeunes belges francophones à la Conférence de Paris sur le climat. Retour sur les enjeux clé de cette COP et le rôle que les jeunes peuvent y jouer.


Entretien :

Pourquoi est-ce important que les jeunes soient représentés à la COP?

Premièrement, parce qu'il s'agit de notre avenir. Deuxièmement parce que notre rôle en tant que jeune est également de communiquer avec les autres jeunes. On a plus tendance à accepter une information qui provient d’un de nos amis que d’un journaliste inconnu. Si un ami qu’on estime nous informe sur ce qui se passe dans les négociations, sur ce sur quoi il faut se battre, sur les défis auxquels on est confronté, ça passe beaucoup mieux. Notre rôle est donc double : faire du lobbying auprès de notre délégation, mais aussi revenir auprès des autres jeunes et communiquer avec eux sur les enjeux et ce qui se passe dans les négociations.

Comment les intérêts des jeunes sont-ils reflétés dans l’accord ?

Je trouve que les jeunes sont très peu écoutés dans le dialogue autour du climat. Nous avons très peu l’occasion de donner notre avis. On peut le donner au sein de notre délégation, mais nous ne sommes absolument pas écoutés alors qu’au final c’est notre avenir qu’on est en train de décider. C’est un peu comme si on disait "c’est les grands qui décident et vous les jeunes, restez en dehors. Ne vous inquiétez pas on se charge de tout". Alors qu'au final c’est notre terre et c’est la terre qu’on donnera à nos enfants. Je trouve que la représentation des jeunes au sein du processus de négociations est trop faible.

Penses-tu que les jeunes peuvent avoir un impact sur les négociations ?

C’est très difficile à dire car c'est un processus très difficile à influencer, surtout à la COP21 où il y a beaucoup de représentants. Il y a de plus en plus d’experts et de plus en plus de gens qui s’impliquent. C’est pourquoi des associations de jeunesse comme la nôtre doivent se rattacher à des organisations plus grandes comme YOUNGO [la représentation officielle de la jeunesse à la CCNUCC] ou le Youth Forum [la plateforme européenne pour les organisations de jeunesse] pour avoir un impact et faire entendre notre voix.

Mais je pense qu’on a quand même un impact au niveau national car on a une caisse de résonance et on peut véritablement faire pression sur les ministres. Il y a donc un rôle des jeunes, mais il n’est pas suffisant. On n’a quasiment aucun mot à dire sur le texte et les jeunes ont tendance à se contenter de l’éducation comme si on les condamnait à se limiter à cette question-là et sur quelques éléments très faciles à appréhender. On dirait qu'on les pense incapables de se plonger dans des questions complexes comme celles du financement et de la vérification. Mais si on inclut les jeunes dans ces négociations et qu’on met des experts autour d’eux pour qu’ils puissent comprendre les enjeux, je suis certain qu’on pourrait réagir sur davantage de sujets. Il faut essayer de sortir de ce piège qui consiste à nous enfermer dans l’éducation et qu’on attende de nous qu’on ne réagisse qu’au rôle des jeunes dans le processus et l’éducation.

Comment les jeunes s'impliquent-ils dans les négociations?

Il y a deux manières de négocier : à la fois au sein de notre délégation et en se servant de plateformes externes comme YOUNGO ou le Youth Forum. La manière dont on fait du lobbying par rapport au changement climatique se fait à deux niveaux. D’abord au niveau belge où on a une caisse de résonance car nous sommes l’organe officiel de représentation des jeunes de 16 à 30 ans. On peut donc interpeller les ministres et les politiciens sur ces questions. Mais pour amplifier cela et pour jouir de l’expertise d’autres personnes nous avons rejoint la plateforme justice climatique. Via cette plateforme nous avons participé à la rédaction des revendications et avons pu rencontrer les ministres pour leur faire part de nos demandes. Au sein de la délégation, on peut également discuter avec les négociateurs sur certains points.

Comment cela se passe-t-il au niveau international ?

Au niveau européen et mondial, c’est compliqué car il y a beaucoup d’acteurs, on doit donc passer par d’autres groupes comme YOUNGO ou le Youth Forum qui ont un peu de résonance dans les négociations. Il y a alors un deuxième niveau de lobbying qui s’enclenche car tous les jeunes n’ont pas les mêmes idées. Malheureusement, lorsqu'il faut trouver un compromis on va souvent vers un compromis un peu mou.

Quelles sont les attentes des jeunes par rapport à Paris et quels sont les éléments clé qui devraient être inclus dans l’accord?

Les atteintes des jeunes c’est un accord contraignant, universel et équitable qui permette de maintenir le changement climatique sous 2°C ou 1,5°C. Une révision régulière des engagements des états tous les 5 ans ainsi qu'un financement permettant de respecter les promesses faites à Copenhague à l’égard des pays du sud. Cela implique notamment des processus qui permettent de vérifier que les états respectent leurs objectifs, qu'il n'y ait pas de double comptage et que les états dégagent des fonds nouveaux et additionnels. On veut également que l’aspect légalement contraignant soit assuré à travers des mécanismes de vérification qui permettent d’assurer le respect des objectifs.

Ce qu’on aimerait aussi c’est envoyer une note d’espoir aux jeunes. S’il n’y a pas d’accord c’est catastrophique. Et ça véhicule le signal qu'on est dans un monde où on n’a pas réussi à se mettre d’accord sur quelque chose d’essentiel pour la survie de notre espèce et la préservation de notre planète.

On veut que paris soit un déclencheur, qu’il y ait un avant et un après paris dans le sens où cela crée un momentum, un déclic dans la société. Quand on voit la mobilisation de la société civile à la COP21, on se dit que ça peut devenir le moment où les gens commencent à devenir acteurs de ce changement et s’impliquent pour faire les choses différemment que ce soit du point de vue de la mobilité ou de la consommation d’énergie. Il y a plein de choses qu’on peut faire pour que Paris soit vraiment le début d’une nouvelle société.


Charlotte Flechet, auteure de cet entretien, a été sélectionné par "Global Call for Climate Action", un réseau international de près de 500 ONG actives dans la lutte contre le changement climatique pour participer à la COP21 et faire entendre la voix des jeunes pendant les négociations.