Planète

Des gerbes d'eau qui s'envolent au-dessus de la corniche de Saint-Malo et retombent sur les curieux, une passerelle envahie par les touristes au Mont-Saint-Michel: la marée dite "du siècle", un phénomène rare lié à l'horlogerie céleste, a attiré dès samedi matin, comme prévu, des dizaines de milliers de personnes.

A Saint-Malo, quelque 20.000 personnes, selon la préfecture, avaient envahi la corniche, le "sillon", dès le lever du jour, pour assister à la grande marée du matin, au coefficient de 118, avant le pic de 119 attendu peu après 20H00 samedi soir.

Massées sur le trottoir et la chaussée, équipées de bottes, de cirés, de bonnets, elles ont immortalisé avec leur appareils photos les panaches d'écume s'élevant au-dessus de la digue avant de les doucher.

Rien de bien spectaculaire cependant pour les habitués, les gerbes dépassant rarement un mètre.

"Généralement ici, les marées sont beaucoup plus impressionnantes. Là, il n'y a pas d'eau dans la rue. C'est largement décevant. Mais ce sera toujours bon pour le commerce de Saint-Malo", témoigne, déçu, un des milliers de curieux venu pour le spectacle.

"Il n'y avait pas beaucoup de vent, on s'est fait un tout petit peu baptiser, donc juste ce qu'il faut", se réjouissait en revanche Karine, venue de Chartres en famille.

"On aime beaucoup la Bretagne. C'est la troisième fois que nous venons et on a trouvé une excuse pour revenir. (...)", expliquait, dans sa langue, un couple d'Italiens, Francesca et Gianni, qui a fait "1.400 kilomètres" pour passer une semaine de vacances en Bretagne.

Au Mont-Saint-Michel, des touristes, venus de tous les coins de France, mais aussi de nombreux étrangers - Japonais, Allemands, Belges notamment - se sont élancés même avant l'aube sur la passerelle qui mène à la Merveille, classée au patrimoine mondial par l'Unesco.

Parmi eux, deux ministres, Laurent Fabius et Jean-Yves Le Drian, étaient venus admirer la pleine mer samedi à l'aube au milieu du flot des touristes.

Le spectacle de la pleine mer a déjà attiré quelque 10.000 personnes vendredi soir et la commune s'attend à une affluence record samedi soir à l'occasion de la "marée du siècle" à proprement parler, qui doit atteindre le coefficient inédit de 119.

Entre-temps, la mer va se retirer à perte de vue, les pêcheurs à pied en profitant pour envahir l'estran, munis de pelles et de râteaux, et ramasser coques, couteaux et autres palourdes...

Avec la marée du siècle, qui se produit en réalité tous les 18 ans environ, le marnage (écart maximal entre la basse et la pleine mer) tutoie les 14 mètres, soit plus qu'un immeuble de quatre étages.

Les autorités locales ont multiplié ces derniers jours les appels à la prudence en direction des pêcheurs qui pourraient se retrouver piégés par la marée, en particulier dans la baie du Mont, où selon le dicton, elle remonte "à la vitesse d'un cheval au galop".

La météo s'annonçant plutôt clémente, les inondations devraient être rares et de faible ampleur et les communes littorales n'ont pris que de simples mesures de précaution, comme à Anglet (Pyrénées-Atlantiques, sud-ouest) où les digues ont été interdites d'accès mais pas les sentiers côtiers.

A Bordeaux, il est simplement conseillé aux automobilistes garés sur la rive droite de la Garonne de surveiller l'évolution du niveau de l'eau.

Dans le nord du pays, "la rade de Boulogne est protégée par deux digues, donc on n'aura pas de gros dégâts", indique-t-on à l'office du tourisme de Boulogne-sur-mer (Pas-de-Calais), pour justifier l'absence de dispositifs de sécurité.

Le marnage maximal observé dans le monde se produira dans la baie de Fundy, au Canada, où il devrait atteindre jusqu'à 16 mètres.

Le phénomène sera également très visible sur la côte est de la Terre de feu, ainsi que sur la côte nord de l'Australie et au Royaume-Uni, dans le canal de Bristol (plus de 14 m).

La dernière "marée du siècle" remonte au 10 mars 1997 et la prochaine aura lieu le 3 mars 2033.

Celle de samedi sera donc bien, pour l'heure, la plus forte marée du XXIe siècle.