Planète

Neuf minutes chrono. C’est le temps qu’a finalement accordé le responsable communication de la Nasa à son patron pour s’entretenir avec une poignée de journalistes belges qui l’attendaient impatiemment ce mardi dans les locaux de l’ULB où il faisait étape à l’occasion de la "Space Week" ("La Libre" du 22/09). Un exercice auquel l’affable "Charlie" Bolden s’est néanmoins livré en toute décontraction. L’homme qui commandait la navette à bord de laquelle Dirk Frimout a tutoyé les étoiles est aujourd’hui à la tête d’une agence spatiale en quête d’un nouveau souffle depuis la mise à la retraite de son emblématique "shuttle". Une situation peu confortable dont il s’accommode en se projetant dans le futur. A court terme, rappelle-t-il, la Nasa est focalisée sur l’exploitation de l’ISS en compagnie de ses partenaires internationaux. "Dans notre vision des choses, la station spatiale joue un rôle crucial. Nous avons besoin d’elle pour développer les capacités technologiques pour être un jour capables de nous rendre sur un astéroïde ou sur Mars qui constituent des objectifs à plus long terme".

Dans un premier temps, pour se libérer de son actuelle dépendance aux lanceurs russes, l’agence mise également sur les partenariats passés avec des compagnies privées, à charge pour celles-ci de développer un lanceur et une capsule capables d’emmener les astronautes américains et leur matériel vers la station. Une forme de "sous-traitance" conclue au terme "d’une compétition ouverte". D’autres initiatives du secteur privé, comme les modules "hôtels" spatiaux gonflables financés par le milliardaire Robert Bigelow, pourraient potentiellement aussi aboutir à des solutions "viables" et intéressantes, juge Charles Bolden.

Mais l’objectif ultime fixé par le président Obama est d’envoyer une mission habitée vers la Planète Rouge à l’horizon 2030. Est-ce réaliste ? Oui, répond l’intéressé, "la seule limitation, c’est avant tout les financements et la volonté de le faire". Raison pour laquelle, en misant notamment sur les interactions via les réseaux sociaux, la Nasa s’efforce de garder en haleine l’opinion publique américaine et internationale avec des missions telle que celle du robot Curiosity. Aux yeux de son adminisistrateur, une mission humaine vers Mars se fera toutefois très probablement dans le cadre d’une coopération internationale, à l’instar de celle qui a abouti à la réalisation de l’ISS. "Il s’agit de la méthode la plus efficace" pour relever un tel défi. "Vous avez besoin de tous les talents. Les Russes font des choses que nous ne faisons pas. Les Belges également." Et les Chinois? Joker. Pour l’instant, la loi américaine interdit à la Nasa de travailler en partenariat bilatéral avec son homologue chinoise. "Mais on verra ce qui arrivera". En attendant, il reste pas mal de pain sur la planche avant la mise au point du vaisseau et le choix de la stratégie de lancement qui permettra de réaliser un tel voyage interstellaire. Rendre visite à un astéroïde pourrait constituer une étape intermédiaire, mais là encore ce n’est pas gagné. Leur orbite est en effet connue avec beaucoup moins de précision et organiser un tel rendez-vous constitue là encore un vrai challenge. "Mais c’est pour cette raison que nous aimerions le faire"...