Planète

Le secteur du développement n’est jamais aussi passionnant que lorsqu’il se penche sur ses propres déviances. Dans le documentaire "Poverty inc" - qui sera diffusé ce samedi à Bruxelles et le 27 octobre à Liège dans le cadre du festival Alimenterre de l’ONG SOS Faim - le réalisateur américain Michael Matheson Miller déconstruit le système de l’aide au développement. Parfaitement louable en théorie, l’industrie de l’aide est devenue avec le temps un véritable business qui brasse chaque année plusieurs milliards de dollars, sans que l’on puisse déterminer avec précision à qui elle bénéficie le plus : les pauvres ou les généreux donateurs venus de l’Occident.

L’Africain, cette petite chose qui souffre

Pour illustrer d’entrée de jeu la vision absurde de certains acteurs du secteur, le film s’ouvre sur une chanson de 1984 : " Savent-ils que c’est Noël ? " petit chef-d’œuvre de niaiserie compatissante, destiné à récolter un maximum de dons au Nord pour lutter contre la pauvreté du Sud. " Il y a un monde de l’autre côté de la fenêtre ", chante Bono. " Un monde d’effroi et de peur où la seule eau qui coule est le chagrin des larmes. […] Il n’y aura pas de neige en Afrique à Noël cette année. Cet endroit sans pluie, ni rivières, où rien ne pousse jamais. Savent-ils seulement que c’est Noël ?" Entouré d’une flopée d’artistes autoproclamés "grands défenseurs de la cause" comme Sting ou Bob Geldof, le charismatique leader de U2 apparaît contrit, bouleversé même par la terrible situation de ces millions d’Africains prisonniers d’un continent mouroir, pour lesquels il appelle instamment à faire des dons.

" Ces stars sont probablement de bonne foi ", lance Magatte Wade, une jeune et influente cheffe d’entreprise sénégalaise interviewée à plusieurs reprises sans le film. "Mais elles intègrent et propagent massivement une vision totalement erronée du développement : l’idée que l’on va aider les pauvres en leur donnant des choses gratuites ."