Planète

Au Népal, suite au séisme de samedi, le bilan fait état de plus de 4.000 morts. Docteur en psychologie, Professeur émérite à l’UCL, Bernard Rimé est spécialiste de l’étude des émotions. Il explique le processus qui amènera les Belges à "vibrer" (ou non), et à répondre aux multiples appels aux dons envoyés par les ONG.

Quels sont les facteurs qui jouent un rôle pour déterminer la mobilisation des gens ?

Ils sont nombreux. Le premier d’entre eux et le plus important est l’identification. Dans quelle mesure peut-on s’identifier aux personnes qui sont victimes ? Prenons l’exemple du tsunami, qui avait provoqué un déferlement exceptionnel de sympathie et de manifestations financières : le grand facteur déterminant a été le sentiment que tout le monde aurait pu se retrouver en vacances là-bas. De surcroît, à Noël. Le cadre et le contexte créaient une résonance particulière. Tout cela avait un aspect singulièrement pathétique. Le côté exceptionnel de l’événement a aussi joué un rôle. Il y avait donc là réunis plusieurs facteurs qui avaient un pouvoir mobilisateur très important. La proximité avec la population touchée, les liens culturels ou symboliques que l’on peut avoir vont aussi faire que l’on réagit plus ou moins fort.

Dans le cas du Népal, les liens sont relativement ténus…

En apparence, il semble en effet de prime abord que les gens, ici, ne vivent pas cette catastrophe comme une situation à laquelle ils se sentent fort liés.

Faut-il en déduire que l’éloignement et le fait qu’en l’occurrence, on ne s’identifie pas vraiment aux victimes risquent de ne pas entraîner de grands élans de générosité ?

En effet, c’est une possibilité. Le fait qu’il s’agit d’une population lointaine pourrait entraîner une moindre générosité.

Finalement, ce processus d’identification n’est-il pas un peu égoïste, alors ?

En fait, nous nous trouvons devant un phénomène en deux temps. En premier lieu, il y a l’impact émotionnel : les gens sont-ils touchés ou non ? S’ils sont touchés, il y aura forcément ensuite un phénomène de communication entre eux qui va créer un état particulier, et c’est ce qui va déterminer la générosité. La générosité est le résultat d’un processus social dans lequel les personnes vont interagir et vibrer ensemble. S’il y a une vibration commune dans la population, cela va déterminer la générosité. C’est l’effet Charlie. Dès le moment où tout le monde vit ensemble une réaction émotionnelle de la même coloration, avec le même sentiment d’indignation, de colère, de solidarité…, cette vibration commune va créer un mouvement de générosité. C’est donc bien un phénomène en deux temps : l’impact émotionnel puis la réaction généreuse, si il y a une vibration qui passe par la communication.

Dont les images…

Absolument. Avec quelques photos, on peut déclencher une très grande et forte réaction émotionnelle. C’est l’art des journalistes de trouver l’image qui va briser le cœur des gens et les rendre plus attentifs à l’événement…

Comment savoir s’il y a une vibration ?

Il faut observer l’évolution des communications, nécessairement déclenchées par l’impact émotionnel; voir dans quelle mesure les personnes communiquent à propos de cet événement. Sur Twitter, Facebook… Ça, c’est le bon indicateur. Plus il y aura des communications de ce genre-là, plus on pourra s’attendre à ce que la générosité soit importante. C’est le symptôme que le public est touché. Pour moi, la question clé est le partage des émotions. A l’heure actuelle, personne ne peut dire si ces communications vont évoluer positivement ou non.